24 heures avec Hamilton de Oliveira
Reporter-photographe. Inquiet des difficultés traversées par le secteur et un grand nombre d’indépendants, le photographe de REA continue pourtant de croire à l’avenir de la profession.
Publié le 21 juillet 2017
Reporter-photographe. Inquiet des difficultés traversées par le secteur et un grand nombre d’indépendants, le photographe de REA (agence photo) continue pourtant de croire à l’avenir de la profession.
Un appartement au sud de Paris. Un chapeau melon détourné en lampe éclaire la petite pièce face à l’entrée. « J’aime, quand je rentre, me faire un café, je garde juste cette lumière et je regarde le résultat de la journée. Si l’agence n’a pas un besoin urgent des photos, je laisse décanter pour mieux les apprécier, plus tard. » Sur l’écran d’ordinateur, des clichés d’Emmanuel Macron à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne) au lendemain de son départ du ministère de l’Économie. Arrivé sur place le matin, muni de deux boîtiers et de deux objectifs (un pour les plans serrés, l’autre pour les plans larges) et d’un ordinateur pour transmettre ses photos, Hamilton a commencé par… patienter. Longtemps. « Sur ce genre de déplacement, on grille beaucoup d’énergie à attendre. Même si, avec l’expérience, on apprend à ne pas “ aller au contact ” dès le début, à sentir les choses, à anticiper les déplacements. »
Hamilton a rejoint l’agence REA il y a douze ans. Il y couvre l’actualité sociale et politique, notamment. « Je passe du travail en usines, où les gens bossent comme des dingues, aux ambiances de cabinets ministériels, où tu as l’impression que c’est beaucoup d’ego, de com’ et peu d’action. » Pour autant, Hamilton dit ne pas être animé par le désir de « descendre » ou d’embellir ses sujets. Cherchant avant tout à saisir des regards, des mouvements (les gestes du métier, surtout), des attitudes décalées dans un contexte donné. Ses références dans la profession ne relèvent ni d’un auteur, ni d’un style. « J’aime la diversité. Mes repères sont plus techniques. Ce sont des choses que j’ai envie de refaire, utiliser un type d’éclairage, certains flashs… »
Avec le numérique, c’est plus facile d’être photographe, mais c’est plus difficile d’en vivre. J’en vois trop qui tentent de gagner leur vie au détriment de leur santé.Hamilton de Oliveira
La carte de presseEn 2014, la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels recensait 806 reporters-photographes (506 mensualisés et 300 rémunérés à la pige), contre 1 446 en 2001 (786 et 660).
Sur la même période, le nombre des agences de presse photo a aussi diminué, passant de 78 à 61. À côté des leaders du secteur que sont l’AFP ou Magnum, coexistent une myriade de petites agences, spécialisées dans le news, le people ou le sport.
Comme l’ensemble de la profession, Hamilton a vécu l’avènement du numérique comme « une révolution ». « Avant, on apportait nos photos à l’agence ou au journal. Là, une personne les sélectionnait et les retravaillait pour le lendemain ou le surlendemain. Aujourd’hui, c’est le photographe qui édite ses images et les transmet dans l’instant. Ça demande plus de travail, mais, en contrepartie, on a une plus grande maîtrise de notre production. » Les rapports entre photographes s’en sont aussi trouvés changés. « Avec le numérique, c’est du “no limit”, on est à peu près toujours sûr de rapporter une image. Du coup, au sein de la meute, sur les gros événements, c’est moins tendu, moins violent. » Alors que le photojournalisme traverse une grave crise depuis cinq ans, quel sens donne-t-il aujourd’hui à son métier ? « Grâce à la photo, je découvre des endroits, des milieux, que je n’aurais jamais eu l’occasion de découvrir autrement. La photo, c’est un témoignage de ce que l’on voit. Mais tout ce qu’on voit n’est pas à prendre au sérieux. »
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