46% des Français victimes de racisme : ce que dit la grande enquête de l'IFOP sur le racisme dans le pays

Une étude inédite menée par l’IFOP pour la LICRA auprès de 14 025 personnes dresse un portrait saisissant du racisme en France. Loin d’être un phénomène marginal, il traverse tous les espaces de la vie sociale et laisse des traces profondes sur ceux qui le subissent.

Par ninabreux
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Publié le 9 avril 2026
NVO - La Nouvelle Vie Ouvrière, le magazine des militants de la CGT
(Photo d'illustration). Manifestation contre le racisme AFP
Une étude inédite menée par l’IFOP pour la LICRA auprès de 14 025 personnes dresse un portrait saisissant du racisme en France. Loin d’être un phénomène marginal, il traverse tous les espaces de la vie sociale et laisse des traces profondes sur ceux qui le subissent.

Près d’un Français sur deux, 46 % exactement, dit avoir déjà été victime d’une agression ou d’une discrimination à caractère raciste au cours de sa vie. Ce chiffre, issu de l’état des lieux des violences et des discriminations à caractère racial en France, conduit par l’IFOP pour la Licra auprès de 14 025 personnes – ce qui en fait la plus grande enquête jamais réalisée sur ce thème dans le pays – donne le vertige. Et l’enquête donne aussi à voir les résonances de ces actes sur les personnes qui en sont les victimes. Car après les violences raciales viennent l’anxiété, le repli, parfois l’envie de tout quitter.

Le racisme ne se traduit pas toujours par des actes spectaculaires. Il commence par des mots, des propos vexants pour 25 % des personnes interrogées, des insultes pour 24 %, des menaces pour 14 %. Il se prolonge dans des gestes : vols, dégradation, et pour 9 % des victimes, des violences physiques. Côté discrimination, c’est souvent la tenue vestimentaire qui constitue le premier motif évoqué, devant les origines ethniques, la région de naissance, le prénom ou la couleur de peau.

Une hiérarchie des cibles

Tous les Français ne sont pas exposés de la même façon. L’étude révèle un gradient très net selon la visibilité phénotypique : 60 % pour les personnes métisses ont déjà subi une forme de racisme. La statistique passe à 70 % pour celles perçues comme arabes et jusqu’à 80 % pour celles perçues comme noires. Il faut le rappeler : la pigmentation reste le principal déterminant de l’exposition au racisme en France.

L’appartenance religieuse constitue un second facteur d’exposition majeur. Les musulmans (79 %) et les juifs (69 %) sont les plus touchés. Le port de signes religieux aggrave encore le risque : 41 % des musulmans portant un vêtement religieux disent avoir été discriminés à ce titre, contre 24 % pour l’ensemble des musulmans.

L’école et le travail, miroirs d’une méritocratie en défaut

Le racisme s’exprime avec une acuité particulière dans deux espaces censés garantir l’égalité des chances. À l’école, 11 % des Français ont déjà subi une discrimination, proportion qui bondit à 35 % chez les personnes perçues comme arabes et à 34 % chez celles perçues comme asiatiques. Plus préoccupant encore : 18 % des victimes ont dû changer d’établissement scolaire, dont près d’un tiers des victimes juives.

Dans le monde du travail, les discriminations touchent 30 % des personnes noires et 28 % des personnes arabes. Un quart des victimes a changé d’employeur à cause du racisme subi, une proportion qui atteint les 36 % chez les musulmans.

Les relations avec les forces de l’ordre ne font pas exception. Parmi les Français ayant eu affaire à la police au cours des douze derniers mois, 19 % estiment avoir été traités de façon injuste. Ce taux grimpe à 37 % chez les musulmans et à 34 % chez les personnes perçues noires ou arabes. Conséquence directe : 23 % d’entre elles ont déjà renoncé à se rendre dans un commissariat alors qu’elles en avaient besoin.

Des vies transformées, des esprits meurtris

Ce qui distingue cette étude des précédentes, c’est sa capacité à mesurer non seulement les actes, mais leurs effets durables. Plus de la moitié des victimes (52 %) ont modifié leur comportement pour éviter de s’exposer : en fuyant certaines rues, en dissimulant leurs origines en ligne, en changeant leur apparence. Chez les victimes juives, ce taux atteint 81 %

Les conséquences psychologiques sont tout aussi lourdes. Un quart des victimes ont traversé des périodes d’anxiété ou de dépression, donnée montant à 47 % chez les juifs. 7% des victimes confient avoir eu une des pensées suicidaires, une proportion qui monte jusqu’à 15 % dans cette même communauté. Et 22 % des victimes de discriminations ont envisagé de quitter la France : 55 % des victimes juives. Chez ceux ayant subi des violences physiques, ce désir d’exil atteint 67 % chez les juifs et 54 % chez les musulmans.

L’étude le montre sans ambiguïté : le racisme n’est pas un problème de minorités. C’est une fracture qui traverse toute la société française.

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