Chercheur au CNRS en sociologie politique et morale, et directeur adjoint de l’IRISSO à l’Université Paris Dauphine, François-Xavier Dudouet étudie les logiques de domination et la formation des élites à l’échelle internationale et analyse la gouvernance des grandes entreprises. Dans cet entretien, il démonte une idée reçue persistante : contrairement à ce que laissent croire certains dirigeants, « les actionnaires ne sont pas propriétaires des entreprises ». Une confusion qui éclaire les pratiques managériales contemporaines, les modes d’enrichissement des dirigeants et les transformations profondes du capitalisme.
« Beaucoup de dirigeants d’entreprise ont une vision très patrimoniale de leur rôle. Chaque fois qu’ils considèrent que l’entreprise paie un impôt, ils ont l’impression que c’est eux-mêmes qui le paient. C’est une conception archaïque du capitalisme et du patronat, aujourd’hui en voie de disparition. Cela ne signifie pas que les autres dirigeants, ceux qui ne sont pas actionnaires majoritaires, apprécient de payer des impôts. Mais la confusion entre leur situation personnelle et celle de l’entreprise est typique de nombreux patrons qui s’identifient entièrement à leur société, comme s’il s’agissait de leur propriété. Or, un impôt sur les sociétés n’a rien à voir avec un impôt sur les actions : ce sont deux choses totalement différentes. Partout dans le monde, la grande majorité des dirigeants ne détiennent qu’une part marginale du capital. Ils sont certes actionnaires, suffisamment pour gagner énormément d’argent, mais rarement majoritaires. L’entreprise est en réalité dirigée par ce qu’on appelle les managers, autrement dit les gestionnaires : des personnes issues des grandes écoles et accédant progressivement aux plus hauts postes. La situation est différente dans les petites entreprises, où les dirigeants sont généralement actionnaires majoritaires. Le problème est de distinguer deux cas: ceux qui héritent directement de leur capital, comme Arnaud Lagardère ou François-Henri Pinault, et ceux qui, comme Vincent Bolloré ou Bernard Arnault, héritent d’une petite société qu’ils développent ensuite en de puissants groupes. Contrairement à l’idée reçue, il ne s’agit pas d’un capitalisme d’héritiers, mais bien d’un capitalisme bureaucratique et managérial. Seule la maison Hermès fait encore figure d’exception, avec une forte présence familiale dans la direction.« Ce n’est pas un capitalisme d’héritiers, c’est un capitalisme bureaucratique »
Beaucoup de dirigeants d’entreprise ont une vision très patrimoniale de leur rôle. Chaque fois qu’ils considèrent que l’entreprise paye un impôt, ils ont l’impression que c’est eux-mêmes qui le payent. C’est une conception archaïque du capitalisme et du patronat, aujourd’hui en voie de disparition. Cela ne signifie pas que les autres dirigeants, ceux qui ne sont pas actionnaires majoritaires, apprécient de payer des impôts. Mais la confusion entre leur situation personnelle et celle de l’entreprise est typique de nombreux patrons qui s’identifient entièrement à leur société, comme s’il s’agissait de leur propriété. Or, un impôt sur les sociétés n’a rien à voir avec un impôt sur les actions : ce sont deux choses totalement différentes.
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