Haro sur les bourses du travail
Plusieurs bourses du travail, locaux syndicaux ou unions locales CGT ont récemment reçu des courriers inquiétants des mairies qui les accueillaient, jusqu'ici, à titre gracieux. Derrière l'argument, ici des baisses de dotations de l'État, là de l'équité avec le milieu associatif, les syndicalistes destinataires sont sommés de rendre les locaux, et de quitter les lieux.
Publié le 13 juillet 2015
Les bourses du travail et autres locaux syndicaux sont des lieux de rencontre où les travailleurs viennent librement consulter les syndicats au sujet de leurs droits. Mais ces lieux sont menacés par certaines municipalités qui les hébergent.
À Toulouse, tout a commencé en février dernier, lorsque Cédric Caubère, secrétaire général de l’union départementale de Haute-Garonne, reçoit une lettre de la mairie de Toulouse. La lettre l’informe que la municipalité, récemment repassée aux mains de Jean-Luc Moudenc (LR), souhaitait reprendre possession de la Bourse du travail, située en plein cœur du quartier Saint-Sernin, juste derrière la fameuse basilique romane qui participe au surnom de la « ville rose ». Le syndicat est sommé de quitter les lieux avant le 30 juin 2015, sauf à « assumer un loyer correspondant à la valeur locative de bien ».
Coup dur pour le syndicat qui occupe les lieux à titre gracieux depuis 1892, date de l’inauguration de ce site symbolique de la CGT. La bourse du travail, inaugurée en présence de Jean Jaurès lui-même, et reconstruite, dans les années 30 « par les travailleurs de la CGT, par les salariés, pour les salariés, par l’intermédiaire d’une coopérative ouvrière », comme l’explique Cédric Caubère, porte le sigle du syndicat de manière omniprésente dans son architecture, des médaillons gravés dans la façade, à la mosaïque dessinée au sol.
« Le message était clair », déplore Cédric Caubère, « la CGT, il y a 120 ans, ne pouvait pas payer, aujourd’hui, elle ne peut pas payer, au prix, comme ils disent, “du marché”. »
La ville repose sa décision sur le coût de la mise en sécurité du bâtiment, s’élevant, selon le courrier, à 1 000 000 d’euros, qu’elle « a été obligée d’assurer seule ». Mais pour Cédric Caubère, il s’agit plutôt d’une volonté de « gentrifier » le quartier, alors que Toulouse vient de postuler pour obtenir le label « patrimoine mondial de l’Unesco ».
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Se déclenche alors une vague de manifestations et d’actions. Au cours des derniers mois, se rappelle Cédric, chaque cortège de manifestants se terminait systématiquement devant le Capitole, pour rappeler à la municipalité que le syndicat avait toute sa place au cœur même de la ville. Les syndicalistes rencontrent le préfet, puis le maire « quatre jours avant la fin de l’ultimatum ». Une solution temporaire est alors trouvée : le syndicat pourra rester au 19 place Saint-Sernin.
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