
Les données personnelles : l’or noir du XXIe siècle
Les enjeux de l’usage des objets connectés et de la protection des données personnelles étaient au cœur d’une journée d’étude de l’Indecosa CGT, le 28 juin. Inquiétant et passionnant.
Publié le 30 juin 2017, modifié le 16 avril 2026
Avec la généralisation d’internet et des objets connectés, la collecte des données personnelles s’impose comme un enjeu majeur. Tant pour les consommateurs que pour les syndicalistes, selon l’Indecosa CGT qui y consacrait une journée d’étude passionnante avec plusieurs personnalités du secteur.
Des leaks et des cyberattaques qui défraient régulièrement la chronique, des téléviseurs comme ceux du coréen LG qui espionnent leurs téléspectateurs, des moteurs de recherche comme Google qui photographient des passants inadvertis (street view), des réseaux sociaux comme Face book qui exploitent toutes les données qu’y exposent ses utilisateurs en confiance… Serions-nous entrés dans l’ère du « Big brother is watching you » du 21e siècle ? « Comment protéger nos données personnelles dans ce contexte ? » C’est la question passionnante et inquiétante qui était au cœur de la journée d’étude organisée par l’Indecosa CGT, le 28 juin.
Souvent trop occupés à découvrir ou profiter gaiement des nouvelles fonctionnalités offertes par ces petites merveilles technologiques pour songer au revers de la médaille, les consommateurs citoyens n’ont pas toujours connaissance de leurs droits ni de l’exploitation qui est faite des données qu’ils renseignent parfois même à leur insu. Or, « D’ici 2020, plus de 80 milliards de produits seront ainsi connectés à internet. Cela va concerner les ordinateurs, les smartphones, les tablettes, les montres connectées…, prévient Arnaud Faucon, secrétaire national de l’Indecosa CGT. Face à cette situation, le consommateur est inquiet, mais pas naïf. Une étude commandée par Intel montre que 81 % des Français craignent que les données collectées par leurs objets connectés soient utilisées à des fins marketing et 90 % se préoccupent du piratage. Dans le même temps, ils sont plus de 6 sur 10 à être prêts à vendre ou échanger lesdites données... »
Dans ce contexte et sous la pression de l’opinion publique, les pouvoirs publics ont dû faire évoluer la législation. Ainsi la loi informatique et liberté de janvier 1978 a été complétée par la loi d’octobre 2016 pour une république numérique, qui sera elle-même « remplacée » par le règlement européen de protection des données personnelles dès mai 2018. Mais si cette première loi prévoit de protéger le citoyen et notamment de respecter le principe de la pertinence des données collectées et les délais de stockage des données, la législation européenne en voie de s’imposer prochainement est plus insidieuse car remettant en cause le principe de précaution. Elle a fait l’objet d’une bataille féroce autour du paradoxe : « besoin de régulation et pouvoir d’innovation des entreprises ». Et s’explique par la taille des enjeux financiers : le marché du big data représentait 6,3 milliards de dollars en 2012, il en représentait 23 en 2016 et devrait atteindre les 67 milliards dès 2021….
En clair, les lobbys les plus puissants – ceux représentants les grands groupes des télécommunications, des sociétés de l’information, mais aussi des industries chimiques ou pétrolières – ont réussi à imposer l’idée selon laquelle : « une législation trop sensible aux risques serait néfaste à l’innovation et donc source de blocage à l’investissement, à la productivité, etc. », déchiffre Denis Meynent, conseiller confédéral CGT et vice-président du groupe des travailleurs au CESE européen, membre de la section « marché intérieur production consommation ». Et de développer : « le règlement européen change la donne, car il marque le passage d’un contrôle à priori par la CNIL — gardien du temple — à une responsabilisation des acteurs avec suppression des déclarations et obligations préalables et renforcement des contrôles a posteriori, explique ce qui suppose une forte responsabilisation du consommateur, charge à lui de s’informer et d’être vigilant ». Le renversement de la charge… Mais pour Jean Baptiste Boissy, des sociétés d’études CGT, « dans un contexte d’état d’urgence, d’affaiblissement des libertés individuelles et de répression syndicale, il est urgent de sortir de l’opposition travailleurs producteurs et consommateurs usagers, car la protection des données personnelles touche plusieurs fronts et requiert une approche transversale tant entre les différents acteurs sociaux qu’entre les organisations de la CGT ».

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