Pas d’économie sur nos droits

La journée mondiale pour le droit à l’avortement a permis le 28 septembre à la CGT de rappeler que la casse de l’hôpital public, aussi, met en danger l’accès à l’intervention volontaire de grossesse (IVG). Reportage à Toulouse.

Par Ève Scholtès
Par Ève Scholtès
Publié le 2 octobre 2017
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Eve Scholtès
La journée mondiale pour le droit à l’avortement a permis le 28 septembre à la CGT de rappeler que la casse de l’hôpital public, aussi, met en danger l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Reportage à Toulouse.

« Le droit à l’avortement c’est du conquis, pas de l’acquis… » Isabelle Doré est militante CGT au centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse. La secrétaire du syndicat Purpan-Haut, qui est aussi déléguée syndicale et membre du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), s’agglutine avec quelque 300 autres personnes devant le siège de l’hôpital : « Parce qu’il faut rester vigilant, y être toujours », justifie-t-elle tout en saluant le retour de la jeunesse dans les rangs des défenseurs de l’IVG.

Des restructurations liberticides

La Ville rose compte deux centres où l’acte est pratiqué. L’hôpital Paule-de-Viguier, à Purpan, est le premier. Le seul à relever du service public hospitalier (CHU) car Joseph-Ducuing, le second, est une structure privée associative dotée d’une mission de service public. « Aussi, lorsque la direction décide en 2015 la restructuration du CHU de Toulouse, l’accès aux soins et leur qualité se dégradent », explique Isabelle Doré. Des services sont réorganisés. Des lits sont fermés, d’autres mutualisés. Des postes sont supprimés. « La situation est préoccupante pour l’ensemble des patients, ajoute-t-elle. L’effectif global du l’hôpital baisse depuis 2015, pour la première fois de son histoire, alors que la demande, l’activité et les besoins de la population augmentent. »

Une réalité paradoxale

Mais cette stratégie menace directement le droit à l’avortement, tandis que la loi Santé du 26 janvier 2016 l’assouplit grâce aux suppressions de la notion de détresse et du délai de réflexion d’une semaine, à la généralisation du tiers-payant, etc. « À Toulouse, à cause de cette restructuration, le droit à l’IVG ne va plus tout à fait de soi, dénonce la syndicaliste. Les marges de manœuvre, relatives aux dates d’hospitalisation, se réduisent. Les délais pour prendre un rendez-vous s’allongent. Sans parler des conditions dans lesquelles les femmes sont reçues : celle qui viennent pour une IVG peuvent se trouver hospitalisée aux côtés de celle qui viennent pour un accouchement. »

Otage de la morale et de la finance

La situation des Françaises paraît plus confortable que celle des femmes chypriotes, polonaises, espagnoles ou irlandaises en terme législatif, mais elle n’en demeure pas moins fragile sur le plan comptable. Pourquoi ? Les approches financières défendues par les directions de CHU, les politiques d’austérité appliquées à la santé publique par les gouvernements successifs nuisent à un accès plein et entier à l’IVG. Si la journée du 28 septembre est importante pour rappeler la revendication du droit à l’avortement avec l’ensemble des femmes d’Europe et du monde, elle donne aussi l’opportunité aux militants CGT de tirer localement la sonnette d’alarme.

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