Article paru dans le no 109 de juin 2018 d’EnsembleLes syndicats mahorais méfiants sur le plan d’urgence
Après six semaines d’un conflit qui a mobilisé la population et paralysé l’île, l’exécutif vient de dévoiler un plan d’urgence… Les syndicats mahorais restent sur leurs gardes.
Publié le 14 juin 2018, modifié le 16 avril 2026
Après six semaines d’un conflit qui a mobilisé la population et paralysé l’île, l’exécutif vient de dévoiler un plan d’urgence… Les syndicats mahorais restent sur leurs gardes.
Des annonces, enfin ! Le 15 mai, au terme d’un déplacement à Mayotte, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a présenté un plan de plus de 1,3 milliard d’euros pour le 101e département français… le plus inégalitaire et le plus pauvre de la République. Ce dispositif se veut, selon elle, « une réponse durable à un échec des politiques publiques depuis de nombreuses années ». Sera-t-il néanmoins à la hauteur des enjeux pour répondre aux exigences de cette petite île de 374 kilomètres carrés rongée depuis des lustres par un déficit chronique d’investissements et de services publics ?
Un « bout de France » abandonné, sujet, de surcroît, à une importante immigration clandestine provenant des Comores – qui en revendiquent par ailleurs la souveraineté. Explosive, la situation met en péril le fragile équilibre de l’île, en proie à une grève générale six semaines durant. Un conflit, achevé début avril, qui est né autour des questions d’immigration et de sécurité, mais qui s’est ensuite élargi à des revendications économiques et sociales. Le plan gouvernemental prévoit en conséquence une série de mesures en faveur, notamment, des services publics : investissements fléchés en direction des collectivités territoriales en matière d’eau et de gestion des déchets ; renforcement des effectifs de gendarmerie ; recrutement de 500 personnes dans l’Éducation nationale ; création d’un rectorat de plein exercice et d’une direction régionale de Pôle emploi en 2019 ; développement des transports en commun…
À l’ordre du jour aussi, la mise en place d’une agence de santé, et la modernisation de l’hôpital de Mamoudzou. Les citoyens les plus modestes seront en outre exemptés de ticket modérateur, avant l’extension de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), en 2022. Pas de quoi crier victoire pour autant aux yeux de l’intersyndicale (CGT, FO, CFDT, CFE-CGC, Solidaires…) échaudée par les précédentes promesses non tenues – notamment en 2014 par le président Hollande qui avait déjà annoncé la mise en place de la CMU-C. L’intersyndicale a d’ailleurs été écartée de la rencontre qui s’est tenue à Paris le 19 avril, entre le premier ministre Édouard Philippe et les élus mahorais, afin d’évoquer l’avenir de Mayotte.
Invités au siège de la CGT à Montreuil, les syndicalistes avaient alors eu l’occasion d’exprimer leurs doutes et leur très grande prudence quant à la capacité du gouvernement à prendre la mesure des enjeux. Des précautions justifiées au regard des annonces faites. « Ce plan est loin de répondre aux attentes des Mahorais, notamment en matière de sécurité, tance Salim Nahouda, secrétaire de la CGT Mayotte. Et l’on ne pourra pas parler de vrai investissement tant que le port ne passera pas en gestion publique et que la piste de l’aéroport ne sera pas rallongée. » Autant de mesures à même d’assurer, selon l’intersyndicale, l’attractivité future du territoire.
Espérons que ces milliards ne sont pas que promesses et que le collectif intersyndical intégrera le comité de suivi prévu par la ministre pour contrôler les réalisations, car il reste tant à faire. Salim Nahouda, secrétaire de la
CGT Mayotte
Article paru dans le no 109 de juin 2018 d’Ensemble
Dossier
Luttes sociales et mobilisations en France : enjeux et perspectives
Ce dossier propose un éclairage sur les dynamiques actuelles des luttes sociales en France, à travers le prisme des mobilisations syndicales, des mouvements pour les droits et de la défense du service public.
Dossier
Articles recommandés pour vous