A Dunkerque, début de mobilisation contre le désengagement d'ArcelorMittal
La CGT du Nord a organisé le 23 janvier un meeting à Dunkerque pour la défense des emplois de l'industrie et des services publics, autour du cas emblématique du géant de l'acier, qui compte près de 7 000 emplois directs sur place. Le manque d'investissement et le gel du projet de décarbonation alimentent toutes les craintes.
Publié le 27 janvier 2025
La CGT du Nord a organisé le 23 janvier un meeting à Dunkerque pour la défense des emplois de l’industrie et des services publics, autour du cas emblématique du géant de l’acier, qui compte près de 7 000 emplois directs sur place. Le manque d’investissement et le gel du projet de décarbonation alimentent toutes les craintes.
« Je suis électricien. On travaille encore avec des contacteurs de 1970. On en est réduit à prendre des éléments sur certaines installations et de les monter sur d’autres. » Serge Ballat travaille chez Dunelec, une petite entreprise sous-traitante d’ArcelorMittal Dunkerque. Ce qu’il explique voir chaque jour derrière la vitrine du géant mondial de l’acier ? Les bouts de ficelle avec lesquels tiennent les machines. « On ne fait plus de maintenance, assure-t-il, mais du curatif, des interventions dans l’urgence. »
Des sous-traitants payés à 120 ou 160 jours
Administratif, entretien, sécurité, nettoyage… ArcelorMittal a externalisé des pans entiers de son activité. Ses deux usines voisines de Dunkerque et Mardyck – hauts-fourneaux d’un côté, laminoir à froid de l’autre – comptent un peu moins de 4 000 CDI et environ 3 000 intérimaires et sous-traitants réguliers. Des sous-traitants dont les patrons sont « payés à 120 voire 160 jours ». « Alors pour nous, les augmentations de fin de l’année… », conclut Serge Ballat.
« Le toit de l’aciérie a tellement de fuites que l’eau tombe dans les convertisseurs. Les hauts-fourneaux sont dans un état catastrophique, les broyeurs à charbon aussi. » Gaëtan Lecocq, CGT ArcelorMittal Dunkerque
Les augmentations de 2024, Gaëtan Lecocq n’en a pas vu la couleur non plus : « Zéro pour les négociations annuelles obligatoires », résume le secrétaire de la CGT d’ArcelorMittal Dunkerque. « Le toit de l’aciérie a tellement de fuites que l’eau tombe dans les convertisseurs, décrit-il. Les hauts-fourneaux sont dans un état catastrophique, les broyeurs à charbon aussi. Début 2024, on nous a annoncé une rénovation du haut-fourneau n°4 pour le prolonger jusque 2040. Finalement, on met une rustine sur le HF4, pour le faire tenir jusque 2029 dans le meilleur des cas. Et en juin dernier, la direction nous a appris la mise en stand-by de nos projets de décarbonation [1,8 milliard d’euros d’investissements prévus à Dunkerque, NDLR] ».
« Aujourd’hui, l’heure n’est ni à la fatalité ni à la résignation »
Dans ses « propositions pour l’industrie et l’emploi », la CGT a répertorié 300 plans de licenciements depuis septembre 2023, entraînant 128 000 à 200 000 suppressions d’emplois directs, indirects et induits. Par vidéo interposée, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, affiche la volonté de s’attaquer « à la rapacité des multinationales et à l’inaction du gouvernement », notamment en renforçant les obligations de recherche de repreneurs, en imposant le remboursement des aides publiques quand elles n’ont pas servi l’emploi, en faisant entrer l’Etat au capital de certaines entreprises ou en nationalisant.De son côté, Frédéric Sanchez rappelle la proposition de loi des salariés de GM&S « sur la responsabilité des donneurs d’ordres vis-à-vis des sous-traitants ». « Aujourd’hui, l’heure n’est ni à la fatalité ni à la résignation », conclut le secrétaire général de la CGT Métallurgie.
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