Alexis HK, entre colère et solitude
Alexis HK est de ces chanteurs qu’on écoute, de ceux qui cisèlent leurs textes sans se soucier des modes. « Comme un ours », son 9e album est un petit bijou de poésie du réel et de finesse littéraire.
Publié le 3 novembre 2018
Pas question d’hiberner quand sort le nouvel album du très discret Alexis HK, « Comme un ours ». Sur disque et en tournée, ses douze chansons subtiles évoquent un monde qui se ferme à l’autre, se durcit tout en fragilisant les êtres sensibles et où la tendresse lutte contre la bêtise.
Brassens, Pierre Perret, Allain Leprest, autant d’artistes avec lesquels Alexis HK (de son vrai nom Alexis Djoshkounian) revendique à juste titre une filiation poétique qu’on étendra facilement à certains textes d’un Alain Souchon.
Le nouvel album de ce quarantenaire désabusé où les douze chansons sont autant de tranches de vie, s’ouvre sur l’image d’hommes et de femmes trop solitaires. Et aussitôt, avec « Les pieds dans la boue » enchaîne en dénonçant dans un texte fort le racisme et le fascisme de plus en plus décomplexés.
La mise en musique délicate de Sébastien Collinet souligne et met en valeur la plume littéraire d’Alexis HK à qui Yannick Jaulin a également apporté son soutien. Des échappées plus intimistes et tendres comme « Je veux un chien », « Salut mon grand », « La fille à Pierrot », « Porté » – un bel hommage à l’écriture – sont des respirations bienvenues dans un univers où la colère, même joliment empaquetée, n’est jamais loin.
Avec « La chasse », l’artiste ne va pas se faire des amis auprès de « Chasse, pêche, nature et tradition », dénonçant les beaufs en treillis dont la rancœur commence par décimer les animaux avant de s’en prendre aux étrangers. On pense à Brassens et ses « imbéciles heureux qui sont nés quelque part… » tandis qu’Alexis HK constate dans « Je me suis assoupi », l’inertie, l’inconscience, l’ignorance qui permettent le règne de quelques-uns au détriment d’une majorité endormie… Mais quelque soit les raisons de sa colère, qu’il stigmatise le porteur d’un fusil ou l’indifférent aux autres, Alexis HK le fait avec l’élégance d’un vocabulaire choisi sur des mélodies qui tournent comme une ronde.
Extrait de « Les pieds dans la boue »
Entend le courroux des âmes qui saignent
Fascinés par le gourou qui s’agite sur la scène
Il parle de l’avenir de l’homme
Honte à tous ceux qui contreviennent à ses dogmes
Il traite les noirs de singe et pactise
avec les plus noirs instincts que les crises attisent
Tant de responsables aux misères du peuple offusqué
Les boucs émissaires risquent d’être assez surbookés
Le très touchant « Marianne » évoque les attentats qui ont frappé la capitale française, tandis que « Un beau jour » rappelle par toutes petites touches, ceux qui disparurent dans quelques génocides encore bien proches de nos mémoires. De la belle ouvrage.
En tournée jusqu’en avril 2019 (notamment à Paris/Le Trianon le 22 novembre 2018), Alexis HK est de ces précieux auteurs de chansons qu’on ne va pas découvrir pour danser, mais pour écouter son écho de nos vies.
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