Journée particulière, ce vendredi 13 mars au siège de la CGT à Montreuil, qui s’achève sur un sentiment diffus de « fin du monde » pour Valérie Lesage, la secrétaire générale de l’Urif CGT : « On s’est tous quitté en partant chacun avec ses outils informatiques et ses dossiers, certains qu’on ne reviendrait pas de sitôt à Montreuil, parce qu’on pressentait bien que le confinement serait décrété, mais on ne savait pas quand ».
Désormais en télétravail à son domicile de Melun, avec sa famille également confinée pour une durée incertaine, la dirigeante de l’Urif se heurte à une nouvelle réalité organisationnelle : Si les conférences téléphonées et visioconférences sont une pratique courante entre dirigeants de la CGT, le secrétariat et le comité régional en mode téléphoné le sont beaucoup moins : « On ne va pas se mentir, ce n’est pas facile d’assurer la tenue d’un secrétariat, des permanences syndicales et des contacts étroits avec les Unions départementales et locales depuis son domicile, même avec les moyens techniques d’aujourd’hui ».
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Pour garder le contact avec le terrain, alors que toutes les UD et les UL sont fermées au public et qu’il est interdit de se déplacer et de se réunir physiquement, l’Urif s’est dotée d’un canal Whatsapp.
« Télétravailler, les membres de l’Urif en ont tous déjà fait l’expérience par le passé, mais jamais en mode confiné, c’est-à-dire assignés à résidence avec famille, conjoint(e) plus enfants dans les pattes, et tout cela, “en même temps”. Je peux vous parler des joies du travail scolaire à distance, quand on découvre qu’il faut être équipé d’une imprimante qu’on n’a pas ou quand on se heurte pendant des heures à des logiciels que la connexion domestique n’absorbe pas, et que ça dévore des heures de temps de travail. », assure Valérie Lesage
Dans le commerce alimentaire, des salariés sans protection
Tandis que des milliers d’appels téléphoniques affluent depuis les syndicats d’entreprises où les règles fixées par le gouvernement ne sont toujours pas ou mal appliquées par les employeurs — principalement au détriment des salariés — les accueils téléphoniques des UL et des UD sont sursollicités. Notamment en provenance de salariés du commerce alimentaire.
L’UD CGT de Paris s’efforce de les sortir de l’état de peur panique qui sévit dans ce secteur qui excipe des restrictions imposées par le gouvernement : « Ils sont sans gants, sans gel et sans masques et quand ils tentent de faire valoir leur droit de retrait, les directions leur répondent qu’ils seront considérés comme absents et donc, pas rémunérés », dénonce Rémy Picaud (UD CGT Paris).
Avec Céline Carlen, secrétaire de l’union syndicale CGT Commerce et services de Paris, Rémy passe le plus clair de son « temps de confinement » à défendre ces salariés, à tenter le dialogue social avec des employeurs rétifs aux revendications syndicales et à batailler avec les représentants de l’État pour qu’ils fassent appliquer les règles de prévention contre le coronavirus, à tout le moins en matière de prévention et de protection de la santé des salariés.
Reste que ce confinement peut aussi offrir des opportunités jusque-là inespérées : l’économie des temps de transports ; de nouveaux process organisationnels, notamment via les réseaux sociaux et les Facebook live qui font florès. « On s’aperçoit qu’on est plus informé aujourd’hui qu’à l’ordinaire de ce qui se passe dans les entreprises et que même si l’action directe sur le terrain nous manque, la relation virtuelle ne nous empêche pas d’assurer la continuité de l’activité syndicale ».