Le gouvernement se tait sur les chiffres du chômage
La croissance économique accélère, sans faire baisser le chômage. Le gouvernement ne commente pas, les privés d’emploi et les précaires manifestent.
Publié le 6 janvier 2018
La croissance économique accélère, sans faire baisser le chômage. Le gouvernement ne commente pas, les privés d’emploi et les précaires manifestent.
Dares indicateursnovembre 2017, no 075.
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, ne commentera plus l’indicateur de Pôle emploi et Emmanuel Macron donne rendez-vous « dans un an et demi, deux ans » pour constater la « plénitude des réformes qui sont en train d’être menées ». Sur le chômage, inutile d’ici là d’espérer discuter chiffres : « On ne juge pas l’action d’un président sur un indicateur », a-t-il déclaré. Mais, derrière les statistiques, il y a des vies. Le 2 décembre dernier, comme chaque année depuis quinze ans, à l’appel d’AC !, de l’APEIS, de la CGT Chômeurs et du MNCP, plusieurs centaines de personnes venues de toute la France ont manifesté à Paris « contre le chômage et les précarités et pour de nouveaux droits sociaux ».
Informations rapides-InseePrincipaux indicateurs, 16 novembre 2017, no 302.
L’Insee observe la même stagnation et évalue le taux de chômage (au sens du BIT) au troisième trimestre 2017 à 9,7 %, comme en 2016. Et ce, en dépit d’une croissance revue à la hausse pour 2017 (1,8 % contre 1,1 % initialement prévu).
Difficile d’accéder à l’emploi« Jusqu’en février dernier, je travaillais chez Marché Frais. C’était un CDD de trois mois, donc je n’ai pas droit au chômage. Je suis au RSA. Auparavant, j’ai été animatrice parce que j’ai le BAFA. Accéder à l’emploi est difficile. Je prends les CDD que je trouve mais en réalité on ne trouve du travail que par piston, par le bouche-à-oreille… Parce que faire des CV… Et avec Pôle emploi, ce n’est plus comme avant. Il faut écrire un mail au conseiller, le rendez-vous est un ou deux mois après et là, il demande où on en est de notre recherche d’emploi…
Mais il n’a pas de solution ! Et l’accès à leurs formations est difficile. Pour y avoir droit, il y a des critères que je ne comprends pas et ensuite il faut passer une sélection d’un niveau très dur. J’ai la chance de pouvoir habiter chez mes parents… mais ce n’est pas le cas de tout le monde et pour les personnes qui ont une famille, c’est vraiment difficile. »
Amal Sayam, 26 ans, La Courneuve (Seine-Saint-Denis)
Formations bidon et offres d’emploi illégales« En 2012 la France a signé le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, avec la CGT parmi ses soutiens. Mais beaucoup de chômeurs et de personnes précarisées n’y ont pas accès. C’est pourquoi nous les revendiquons : droit au travail, droit à la santé, droit à l’éducation, droit à la culture, droit à l’alimentation, droit au logement, droit aux loisirs… Ces droits n’ont rien de révolutionnaire. Mais pour cela, il faut une protection sociale fondée sur la solidarité, des services publics qui aient les moyens de fonctionner…
Et ne pas vouloir tout céder au privé, qui cherche à gagner de l’argent. Or, Pôle emploi en est venu à proposer des formations bidon et des offres d’emplois illégales… Nous avons mené des batailles là-dessus jusqu’au tribunal. Il y a les GRETA, l’AFPA – qui manque de stagiaires ! – mais Pôle emploi fait appel à des officines de formation privées incompétentes. Cherchez l’erreur… À l’arrivée, c’est un drame psychologique et financier : la formation redonne des perspectives, l’espoir de sortir des boulots précaires, etc. Mais si elle est bidon… Les personnes font des sacrifices pendant des mois et au bout ils n’ont rien. Avec les offres de Pôle emploi, c’est pareil : 60 % sont « illégales » (présentées comme un CDI alors que c’est un CDD, voire un mi-temps…). Mais comme la grande inquiétude des chômeurs c’est d’être radiés… ils acceptent ces offres. Tout cela c’est de l’escroquerie ! »
Philippe Nackaerts, secrétaire général du Comité national CGT des travailleurs privés d’emploi et précaires
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