Grève chez Action : le ras-le-bol des soutiers du hard-discount
Ce samedi 10 février 2024, une mobilisation sociale a touché une dizaine de magasins du hard-discounter Action. Cadences infernales, mépris de leur direction, ultra-polyvalence… Les salariés décrivent un quotidien de travail éreintant, fait d'humiliations et d'intimidations, pour un salaire de misère.
Publié le 14 février 2024
Samedi 10 février 2024, une mobilisation sociale a touché une dizaine de magasins du hard-discounter Action. Cadences infernales, mépris de leur direction, ultra-polyvalence… Les salariés décrivent un quotidien de travail éreintant, fait d’humiliations et d’intimidations, pour un salaire de misère.
Anthony* travaille comme employé polyvalent dans un magasin Action de la région Grand-Est depuis cinq ans. Payé au SMIC horaire pour un contrat de 30 heures par semaine, il tient la caisse, renseigne les clients, nettoie le magasin, met en rayon. Son travail est chronométré : il dispose, ainsi, d’un laps de temps serré pour vider les chariots et mettre les colis en rayon, avant d’enchaîner vers une autre tâche. Anthony parvient à composer avec la grande polyvalence que requiert son poste. Mais ce à quoi il ne se résout pas, c’est la brutalité avec laquelle les salariés sont traités au quotidien. « Pour n’avoir pas respecté le timing, j’ai vu des collègues se faire hurler dessus jusqu’à en pleurer. » Ces scènes, où un manager « crie ou hurle » sur un salarié, sont, selon lui, des faits récurrents au sein de l’enseigne. Ce qui l’interroge : « Comment se fait-il que des responsables de magasins différents, dans des régions différentes, usent tous de la même méthode au sein d’Action ? »
Une salariée de 58 ans a fait un malaise à la suite d’un entretien préalable à un licenciement. La direction l’a laissée par terre durant trois heures.
Pour discipliner les équipes, le management repose, en effet, sur la menace perpétuelle de sanction. Avertissement, « recueil de faits »… la direction n’hésite pas non plus à brandir la menace de la clause de mutation, intégrée au contrat de travail, qui prévoit que les salariés peuvent se faire muter dans un magasin situé dans un rayon allant jusqu’à 50 kilomètres. En tant qu’élue, Mélanie Basty-Ghuysen a récemment exercé son droit d’alerte : « Dans un magasin de la région Rhône-Alpes, une salariée de 58 ans a fait un malaise à la suite d’un entretien préalable à un licenciement. La direction l’a laissée par terre durant trois heures. »
« Action fait du ciblage dans ses recrutements, en embauchant prioritairement des salariés très jeunes, peu renseignés sur leurs droits, ou encore des femmes seules avec enfant ou des personnes en fin de droits qui n’ont, de fait, pas d’autre choix que d’accepter les conditions de travail », analyse Élodie Ferrier. Pour Anthony, cette situation peut, à terme, conduire à des drames : « Chez Lidl, ce type de management a conduit à des suicides. Faut-il qu’on en arrive là pour que la direction change de méthode ? »
*Le prénom a été changé
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