Grève chez le transporteur Keolis à Caen et Metz
Rentrée au ralenti à Caen et Metz où, à l’appel de la CGT, les salariés des filiales locales de Keolis chargées d’assurer les transports dans ces métropoles se sont mis en grève en début de semaine pour dénoncer leurs conditions de travail.
Publié le 9 septembre 2019
Conditions de travail insupportables, amplitudes horaires intenables… : la politique de Keolis affecte particulièrement les conducteurs. Mais, à Caen comme à Metz, ils ne sont pas les seuls à être passés à l’action pour se faire entendre, y compris en actionnant le levier de la grève.
« Très contente », Laurence Sornin peut l’être. L’appel à la grève lancé pour le 2 septembre par la CGT Twisto, réseau de transports opérant sur la communauté urbaine de Caen-la-Mer, a été largement suivi. « On a eu 170 grévistes sur 540 roulants », confirme la déléguée syndicale CGT, ravie d’avoir « réuni plusieurs corps de métier : conducteurs ; maintenance ; hôtesses ; et même des maîtrises ».
Une union qu’explique l’urgence de la situation. Si les conditions de travail n’étaient déjà pas fantastiques au sein de Keolis Caen Mobilité, filiale normande du groupe Kéolis qui gère ce réseau Twisto, la mise en service, le 27 juillet dernier, de trois lignes de tramways et la refonte des lignes de bus n’ont fait qu’exacerber le problème.
[Le] directeur nous parle comme à de la m… […] Une maîtrise […] nous tombe régulièrement dessus pour des sanctions, balance les noms de ceux qui font grève. Laurence Sornin, délégué syndicale CGT Keolis Caen
À cela, s’ajoutent le non paiement des temps de déplacements pour se rendre aux points de prise de service ; une formation à ce nouveau réseau qui se résume à « un site Internet et une vidéothèque avec les nouveaux itinéraires de chaque ligne » ; surtout, un directeur qui « nous parle comme à de la m… », épaulé par « une maîtrise qui, ici, nous tombe régulièrement dessus pour des sanctions, balance les noms de ceux qui font grève ».
Résultat : « Beaucoup de salariés sont en arrêt maladie et en burn out », confie la déléguée syndicale, qui craint que la situation ne débouche sur un nouveau drame, à l’image des deux suicides de chauffeurs qu’a connus le groupe ces dernières années. « Lundi matin, on ne demandait pas d’augmentation de salaires, rien de financier. On faisait grève juste pour pouvoir aller travailler dans de bonnes conditions. »
Depuis le 1er juillet, nos temps de pause ne sont plus payés qu’à 50 %, et ça, sans aucune concertation avec les syndicats ou les employés. Jamal Laïtoussi, délégué syndical CGT Kéolis 3 Frontières
Des salariés qui ont eux aussi marqué la rentrée par un mouvement de protestation qui s’est étalé sur trois jours, du 2 au 4 septembre. « Depuis le 1er juillet, nos temps de pause ne sont plus payés qu’à 50 %, et ça, sans aucune concertation avec les syndicats ou les employés », dénonce Jamal Laïtoussi.
Et le délégué syndical CGT de pointer également du doigt des temps de parcours jugés « trop courts », des « bus pourris qui puent le gasoil et sans clim, inadaptés aux handicapés et aux poussettes », un « manque d’équité » dans l’attribution de plannings qui, avec les primes de panier qui y sont attachées, permettent de gagner un peu plus ; ou bien encore des amplitudes horaires qui peuvent aller jusqu’à « 14 heures de suite », sans oublier les repos hebdomadaires qui se sont transformés en « trois jours toutes les deux semaines ». Le solde n’étant pas toujours récupéré en fin d’année.
« Les gens craquent, n’y arrivent plus, déplore Jamal. Ils se mettent en maladie, démissionnent. »
Pas question pour autant de laisser tomber. « La grève s’arrête parce que, financièrement, on ne peut pas trop se le permettre, mais on va continuer », prévient le syndicaliste messin. Qui a une idée : « Il faudrait faire un mouvement national avec tous les Kéolis. » Le message est passé.
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