Hôpital, chronique d'une hécatombe annoncée
Le personnel de l'hôpital Adelaïde-Hautval (Val-d'Oise) – en phase terminale de démantèlement – mène une lutte acharnée pour préserver une offre de soins indispensable à la population du territoire.
Publié le 27 octobre 2016
Le personnel de l’hôpital Adelaïde-Hautval (Val-d’Oise) – en phase terminale de démantèlement – mène une lutte acharnée pour préserver une offre de soins indispensable à la population du territoire.
De Bachelot à Touraine, la politique de santé publique de l’État n’a jamais varié. On change de gouvernement, mais on ne change surtout pas de logique: démanteler le secteur et l’offre de soins publics pour les transférer vers le privé lucratif.
Le cas de l’hôpital gériatrique Adelaïde-Hautval (95) en est une énième illustration ; potentiellement dramatique toutefois, pour les personnels autant que pour les citoyens de l’est du Val d’Oise.
Dans ce territoire défavorisé en offre de soins, cet hôpital spécialisé dans la vieillesse était un maillon indispensable de la prise en charge sanitaire de la personne âgée polypathologique et dépendante. Il jouait par ailleurs un rôle essentiel dans l’aval, pour la moitié des hôpitaux du département, en faisant le lien avec la médecine de ville.
Mais voilà qu’en mai 2015, Martin Hirsch, le patron de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), annonce subitement la fermeture de l’hôpital. Une fermeture « très organisée », dixit l’ancien Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. « Organisée à marche forcée, du jamais-vu à l’AP-HP », dénonce Olivier Cammas, le secrétaire de l’USAP-CGT. Et de fait, en à peine un an, cette restructuration aura réduit à 400 les 750 lits de l’établissement. « Ce qui ferme, ce sont avant tout les services de gériatrie et les Ehpad publics alors qu’ils sont indispensables », précise Olivier Cammas.
L’hôpital Adélaïde-Hautval (anciennement Richer), c’était : • 472 lits de gériatrie;
• 145 lits en soins de suite et rééducation (SSR);
• 115 lits en soins de longue durée (SLD) ;
• 14 lits de médecine ;
• 188 lits en unité d’hospitalisation des personnes âgées dépendantes (EHPAD).
Arrêtées dès janvier 2016, les demandes d’admission des refoulés d’Adélaïde ont fini par engorger le nouvel hôpital de Gonesse, en particulier ses urgences. D’autant plus qu’en décembre 2015, l’Ehpad public « Le Cèdre Bleu » de Sarcelles (également spécialisé en gériatrie) a été brutalement sommé de fermer ses portes. En contrepartie de quoi l’agence régionale de santé (ARS) s’est engagée à une réouverture en 2019, mais sans que le statut – public ou privé – du nouvel Ehpad ne soit connu. « C’est dramatique pour tout un pan de la population âgée qui ne dispose pas des ressources suffisantes pour une prise en charge dans le secteur privé, nous sommes nous-mêmes obligés d’appeler le 15 en cas d’urgence, et d’orienter ces patients vers Gonesse », explique Martine Da Luz, membre du CSHCT et secrétaire du syndicat CGT d’Adélaïde.
« Il faut voir les pressions sur le personnel, pour les forcer à se « repositionner » sur les sites dits “partenaires”, c’est-à-dire à choisir d’ici fin octobre notre future affectation dans les autres structures sanitaires du territoire, mais sans que nous disposions d’aucun critère de sélection pour nous déterminer, sauf celui de la « motivation », mais qui est dévastateur, en particulier pour les plus précaires, et ils sont nombreux, qui sont à bout de souffle et menacent de passer à l’acte. »
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