La Caisse d’épargne tente d’ubériser ses chargés de clientèle
La Caisse d’épargne Bretagne-Pays de Loire a présenté le 30 janvier 2020 un projet pilote consistant à tester un statut de conseiller indépendant local dans trois de ses agences.
Publié le 25 février 2020
À la Caisse d’épargne, les syndicats sont sous le choc après la présentation au Comité d’entreprise de la région Bretagne-Pays de Loire d’un projet d’ubérisation de ses conseillers. Testé dans trois agences, le statut d’indépendant pourrait être un ballon d’essai pour remplacer les salariés.
« C’est une énormité ! » s’étrangle Valérie Lefebvre Haussmann, secrétaire générale de la FSBA (Banques-Assurance) CGT. « Le groupe franchit la ligne rouge », s’insurge Frédéric Guyonnet, président national du SNB-CFE-CGC.
« C’est l’ubérisation des métiers », dénonce l’Unsa. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le document présenté le 30 janvier 2020 au CSE de la Caisse d’épargne (groupe BPCE) n’a pas laissé indifférent après avoir fuité dans la presse. Valérie Lefebvre Haussmann fait part de sa colère et de sa surprise.
« On s’attendait à des attaques de ce genre, mais plutôt dans les assurances, pas dans un groupe mutualiste tel que la Caisse d’Épargne. Le métier de conseiller est intégré à la banque, il comporte un statut, il y a des conventions et nous sommes salariés. La proposition de confier des agences à des personnes sous un nouveau statut de Conseiller indépendant local (CIL) revient à attaquer le contrat de travail pour transformer les salariés en auto-entrepreneurs, mais qui resteraient totalement dépendants de la Caisse d’Épargne. »
Ne manquez rien de l’actualité sociale
Abonnez-vous à la newsletter de la NVO
Sans doute pire encore. Horaires de travail, conventions collectives, tout disparaît. Les conditions de travail et de rémunération des CIL seront extrêmement détériorées par rapport à la situation actuelle des salariés de la Caisse d’épargne. Avec l’externalisation de la masse salariale, le coût de l’entretien des agences pourrait aussi se voir transféré sur ces conseillers eux-mêmes. Rémunérés à la commission, les CIL seront encouragés à vendre des produits et non à conseiller la clientèle.
Pour le client, la garantie d’avoir des dossiers correctement montés en sera affectée. Ces conseillers seront en réalité de faux auto-entrepreneurs puisque les portefeuilles appartiendront exclusivement à la Caisse d’épargne. Le lien de subordination disparaîtra fictivement, alors qu’ils demeureront les mandataires exclusifs de la Caisse d’épargne.
La direction préconise enfin le statut de SAS pour les agences. En quelque sorte, des agences seront franchisées et pourront aussi embaucher sous le statut dégradé de CIL.
Dossier
Luttes sociales et mobilisations en France : enjeux et perspectives
Ce dossier propose un éclairage sur les dynamiques actuelles des luttes sociales en France, à travers le prisme des mobilisations syndicales, des mouvements pour les droits et de la défense du service public.
Dossier / 10 articles
Nos articles les plus lus
Articles recommandés pour vous