La distribution des Nobel est toujours prétexte aux exercices d’admiration. Ceux attribués cette année en littérature et en économie à deux de nos concitoyens n’échappent évidemment pas à la règle. Et les célébrations sont d’autant plus démonstratives que le moral du pays est en berne et que la vieille rengaine française du déclin national s’est rarement aussi complaisamment fredonnée. Le premier ministre a donc vu dans ce retour de la France aux avant-postes un pied de nez au « french bashing » tandis que l’éditorialiste du Monde soulignait la parenté des deux lauréats qui ont en commun une « timidité aussi spectaculaire que le talent ».
On pourrait tout aussi bien énumérer tout ce qui sépare les deux lauréats. Si Patrick Modiano est l’héritier d’une longue tradition habituée aux lauriers – les Français sont les plus distingués en littérature avec quinze prix Nobel –, Jean Tirole n’est que le troisième Français nobélisé dans une discipline où les trois quarts des lauréats sont anglo-saxons. Si le premier est traduit dans de nombreuses langues, le second, qui publie beaucoup en anglais, n’est pas toujours traduit en français… Si le premier est accessible à un large public, les travaux du second, bourrés de courbes et d’équations, échapperont à l’entendement du plus grand nombre. Si, enfin, en littérature Modiano ne fera guère de vagues, il y a fort à parier que la distinction de Jean Tirole relance bien des polémiques.
La chronique Un nobel au travail
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Publié le 21 octobre 2014
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