« Cassés », « usés », « à bout », les personnels des établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes étaient en grève, ce mardi. Ils réclamaient davantage de moyens afin de s’occuper « dignement » des aînés à l’appel d’une large intersyndicale (CGT, CFDT, FO, Unsa, CFTC, CFE-CGC et Sud), soutenue par l’association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), plusieurs syndicats et associations de retraités.
https://vimeo.com/253463200 Cette journée a été marquée de manière inédite par des débrayages dans les EHPAD et dans des services d’aide et de soins à domicile. Des rassemblements étaient organisés sur tout le territoire, tandis qu’une manifestation s’est déroulée à Paris. « Pour la dignité et le respect de nos aînés et des professionnel·le·s, exigeons plus de moyens », pouvait-on lire sur la grande banderole déployée par les manifestants sous les fenêtres de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn. Une ministre interpellée à la sono par une manifestante : « Madame Buzyn, c’est vous bientôt qui serez dans nos lits, comment on va faire pour vous soigner ? » D’autres rassemblements se sont tenus aux abords des préfectures ou des agences régionales de santé (ARS), et également à Nantes, Lyon, Strasbourg, Limoges, Marseille, Nice ou encore Lille. Dans les établissements, la grève a été très suivie, en dépit des évidentes difficultés que ces salariés éprouvent à ne pas laisser les résidents sans soins. Ils ont été, la plupart du temps, soutenus par l’encadrement et les directions des établissements. La ministre des Solidarités et de la Santé a assuré mardi matin sur France 2 comprendre la colère et « l’épuisement » des personnels. Ces dernières années, « les besoins en personnel ont augmenté sans que forcément les financements suivent », a-t-elle concédé, rappelant que « les personnes âgées qui arrivent en EHPAD sont de plus en plus dépendantes ». Mais, vu le degré de mobilisation et la profondeur de la colère, il n’est pas certain que le gouvernement puisse s’en sortir juste avec de la commisération. Hélas, comme si elle n’avait vraiment rien compris à ce qui se joue, la ministre avait, la semaine dernière, cru opportun de dénoncer « une forme d’EHPAD bashing dans la presse, qui pointe des dysfonctionnements. (…) Les familles sont inquiètes, je veux les rassurer ». Faut-il que ce gouvernement méprise ainsi la presse quand elle jette une lumière crue sur des réalités sociales et sociétales… Ce conflit met en lumière, s’il en était encore besoin, le fait que le gouvernement Macron agit comme ses prédécesseurs. En effet, il aura fallu cinq mois, cet appel à la grève et une demande d’audience au chef de l’État, pour que la ministre annonce, sans même attendre de recevoir les organisations syndicales, une rallonge de 50 millions d’euros. Hélas, Madame Buzyn est loin du compte. Si elle s’est offert un « coup de com’ » en croyant éteindre le feu avec une tasse d’eau tiède, elle n’a pas calmé les esprits. Pire, les organisations syndicales qui ont tenu une conférence de presse jeudi 25 janvier ont montré plus que de l’irritation d’être ainsi traitées avec tant de condescendance et de mépris. Ce mouvement vient de loin, et il voit converger une foule de conflits locaux. C’est ainsi qu’en 2017, une centaine de grèves dans des EHPAD ont été recensées, dont la plus médiatique, aux Opalines à Foucherans (Jura), a duré près de trois mois. La question, pour les organisations syndicales, est désormais de lui donner des suites.Sur les réseaux sociaux, la colère
En attendant, les personnels, mais aussi les familles de résidents, se déchaînent sur les réseaux sociaux avec le hashtag #balancetonehpad sur lequel les témoignages dressent tous le même constat : un manque de moyens humains et financiers qui aboutit à ce que certains n’hésitent pas à qualifier de « maltraitance » envers les patients, et qui les a parfois poussés à rendre la blouse et quitter leur métier.Voici quelques tweets de professionnels ou de familles
#BalanceTonEHPAD Quand on te demande de tenir une femme pour la perfuser de force parce qu’elle refuse de manger au lieu de chercher à comprendre pourquoi elle ne mange pas.
— sansaria stark [@heyitskida] 25 janvier 2018
Chaque aide-soignante doit faire 8 toilettes en 2 heures. Les lever, les aider/leur faire leur toilette, les emmener/accompagner dans le salon. On discute quand avec eux ? Jamais. #balancetonEhpad
— valoO [@3615MaVie] 24 janvier 2018
Étant infirmière, si je veux respecter ma fiche de poste, j’ai 1 h 30 le matin et 35 minutes le midi/soir pour vérifier et distribuer les médicaments à 70 résidents. Des erreurs ? Non, jamais… #balancetonehpad #BalanceTonHosto
— Mélanie [@MelanieL_E_M] 25 janvier 2018
#BalanceTonEHPAD Je travaillais dans un EHPAD ou les gants jetables étaient donnés au compte-goutte, 8 par jour pour 13 résidents. Si les résidents n’avaient pas de gants de toilette il fallait les laver avec leur tee-shirt ou leurs draps.
— francis dreyer [@leperf] 29 janvier 2018
J’ai travaillé en service civique dans un EPHAD, et j’ai pas de très bon souvenirs. Le personnel n’est pas assez nombreux, trop de patients, les ASH ont trop de boulot et passent donc que très peu de temps avec chaque patient. Les soignants ont besoin d’aide !! #BalanceTonEHPAD
— Joe️ ©️ (@joedominguesjoe) 29 janvier 2018
#BalanceTonEHPAD #GGRMC la dernière fois il y avait une aide-soignante et une infirmière pour l’ensemble de l’établissement ! Sachant qu’il y a 3 étages dont un pour les malades d’un Alzheimer, démence etc.
— le petit porg forceur et ronchon [@Seegson_Corp] 29 janvier 2018
Où va ce putain de fric qui vient de la journée de solidarité ? Elle rapportait + d’un milliard d’euros à l’État en 2005 et était censée financer les # EHPAD car ce système fallacieux avait été inventé après la surmortalité de la canicule en 2003 Qui perçoit ce fric ?#BalanceTonEHPAD https://t.co/9nochrwLOl
— Cousin Hub ?? (@x_CousinHub) 30 janvier 2018
Premiers repas servis à 17 h 30. On mélange la vache qui rit dans le plat mixé, ça va plus vite. #balancetonEhpad
— valoO (@3615MaVie] 24 janvier 2018