Le gouvernement choisit le flicage des chômeurs

La ministre du Travail a dévoilé ses orientations sur la réforme de l’Assurance-chômage. Contrôle renforcé des chômeurs, réforme de la gouvernance, Denis Gravouil, négociateur CGT, fait le point.

Par Régis Frutier
Par Régis Frutier
Publié le 26 mars 2018, modifié le 16 avril 2026
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Un projet de loi sur l’assurance chômage devrait être connu ces prochains jours.  Les organisations syndicales reçues le 19 mars au ministère du Travail ont pris connaissance des grandes lignes du projet de la ministre. Denis Gravouil, négociateur CGT, livre son analyse. Interview.
La ministre du Travail annonce un renforcement du contrôle des chômeurs, peut-on parler d’une volonté de flicage de la part du gouvernement ?
Globalement, on peut le qualifier ainsi. Les préfets doivent organiser des commissions de radiation et les sanctions sont alourdies. Pour la forme, le gouvernement supprime toutefois les sanctions pour refus d’entrer en formation ou pour ne pas avoir passé la visite médicale. Mais personne ne passait cette visite, et de toute façon les pénalités n’étaient pas appliquées. Cependant, sur tous les autres points, les sanctions seront renforcées avec des durées de privation d’indemnisation allongées et des radiations au bout d’un certain nombre d’infractions constatées. À cela s’ajoute l’obligation nouvelle d’un journal de bord, qu’ils vont commencer à expérimenter dans deux régions. Le privé d’emploi sera contraint d’y noter toutes ses recherches d’emploi. Certains voulaient un contrôle journalier, qui est difficile à mettre en en place techniquement, mais finalement, il y aura ce flicage mensuel des chômeurs.
La CGT porte de tout autres propositions…
Oui, nous étions venus avec dix propositions dans une logique de confiance et d’accompagnement, et ce en commençant par le droit au travail, le droit à être représenté, à rencontrer un conseiller quand on le veut, à ne pas être pénalisé lorsqu’on ne bénéficie pas de l’accès à l’outil numérique, etc. Or, le gouvernement est dans une logique de sanction et de coercition. On est dans la continuité de la précarité induite par les ordonnances. Pour ne pas embêter les entreprises, on crée des emplois précaires, qui selon eux sont toujours mieux que rien, et on force les gens à les accepter. Évidemment, ils n’annoncent pas qu’ils vont radier massivement, et ils préfèrent y aller par petites touches. En cela, ils s’appuient sur des marronniers dans l’opinion, accompagnés d’un discours sur les fraudeurs et les fainéants.
Le gouvernement annonce aussi une réforme de la gouvernance de l’Unedic et de son financement, qu’en pensez-vous ?
Le principe est de supprimer la cotisation patronale et salariale. Le financement s’opèrerait, dès lors, par une nouvelle augmentation de la CSG, et il faut probablement aussi s’attendre à une baisse des allocations. On voit que la Cour des comptes a lancé une mission sur l’activité réduite. Or, les personnes en activité réduite ont déjà été ciblées par la convention d’assurance chômage de 2017. La moitié des économies réalisées l’a été en baissant les allocations de ceux qui sont dans le cumul du travail à temps partiel, de petits boulots, avec l’allocation chômage. La Cour des comptes semble considérer que ça ne va pas assez loin et le gouvernement aussi. Ils pourraient donc très bien décider de baisser davantage les allocations pour ces personnes, les contraignant, de fait, à multiplier les emplois précaires.
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