Le 4 décembre prochain auront lieu les élections professionnelles pour tout le personnel des trois versants de la fonction publique. Un rendez-vous sans précédent dans l’histoire de la fonction publique et des enjeux cruciaux. Au-delà de la défense de leurs droits mis à mal par les politiques successives de réduction de la dépense publique, les agents pèseront aussi, par la désignation de représentants syndicaux, pour la préservation du service public.
Les élections professionnelles du 4 décembre prochain constituent un rendez-vous sans précédent dans l’histoire de la fonction publique. Pour la première fois, en effet, tous les agents, titulaires et non titulaires des trois versants de la fonction publique – d’État, territoriale et hospitalière, comme ceux de la Poste, de France Télécom et de la Caisse des dépôts – soit plus de 5 millions d’agents, vont désigner pour 4 ans leurs représentants dans toutes les instances de concertation de la fonction publique.
Les enjeux de ces élections sont cruciaux. Alors que les fonctionnaires subissent de plein fouet la politique de réduction à marche forcée de la dépense publique, la ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, prévoit de lancer en septembre deux négociations d’importance : l’une sur l’avenir de la fonction publique et l’autre sur la qualité de vie au travail. Des résultats de ce vote dépend la mesure de la représentativité des organisations syndicales, qui participeront à ces négociations et aux suivantes.
1. LE DIALOGUE SOCIAL DANS LA FONCTION PUBLIQUE AUJOURD’HUI
La loi dite « de dialogue social » du 5 juillet 2010 a transcrit les accords de Bercy dans le statut général des fonctionnaires. Les dernières élections, en 2011, avaient été la première étape d’une transformation en profondeur des pratiques du dialogue social dans la fonction publique, mais ne concernaient pas la fonction publique territoriale. Le processus de transformation est désormais achevé. Les accords de Bercy et la représentativité syndicale
Le 2 juin 2008, la CGT, la CFDT, la CFE-CGC, la FSU, Solidaires et l’UNSA signaient, avec le ministère, les accords de Bercy sur la rénovation du dialogue social. Ils visaient principalement à redéfinir les critères de représentativité syndicale et à renforcer la place de la négociation avec l’employeur public, mais aussi la légitimité des comités techniques et le dialogue social inter-fonctions publiques.
La représentativité des syndicats était au cœur de ces accords. Jusque-là, la capacité de présenter des candidatures aux élections, de disposer de moyens syndicaux ou de désigner des représentants aux conseils supérieurs était réservée aux seules organisations syndicales déclarées représentatives. La représentativité ne s’appliquait qu’aux syndicats affiliés à l’une des quatre confédérations CGT, CFDT, FO et CFTC auxquels s’ajoutait, pour les cadres, la CGC. Les syndicats non affiliés à l’une de ces centrales syndicales devaient apporter, quant à eux, la preuve qu’ils étaient actifs, indépendants par rapport à l’employeur, qu’ils avaient une réelle audience, des adhérents, qu’ils recevaient des cotisations, pour bénéficier de droits équivalents dans une entreprise ou une branche donnée.
La loi du 20 août 2008 a instauré un système unique où la représentativité ne dépend plus que des élections. 50 % du droit syndical est attribué sur la base du nombre de sièges (au moins un siège dans les instances consultatives au niveau duquel s’apprécie l’audience) obtenus aux élections, et 50 % sur le nombre de voix.
La loi du 5 juillet 2010
Deux ans après la signature des accords de Bercy, la loi du 5 juillet 2010 « relative à la rénovation du dialogue social et comportant diverses dispositions relatives à la fonction publique » entre dans le statut général des fonctionnaires. Elle rapproche la fonction publique des dispositions instaurées dans le secteur privé en matière de représentativité syndicale, d’élections professionnelles, de validité des accords, de règles de la négociation collective et de ressources et moyens syndicaux :
– les élections directes aux comités techniques sont généralisées, ce qui permet la prise en compte des voix de plus de un million de contractuels auparavant écartés de la mesure de représentativité ;
- le principe de négociation est élargi à de nombreux domaines : rémunération, pouvoir d’achat, conditions et organisation du travail, carrière professionnelle, action sociale, santé au travail, insertion des personnes handicapées, égalité professionnelle, etc. ;
- les accords sont déclarés valides s’ils sont signés par des organisations syndicales représentant au moins 50 % des personnels ;
- lorsqu’un projet de l’administration reçoit l’opposition unanime des organisations syndicales dans un comité technique ou un conseil supérieur, il doit être réexaminé.
La loi crée en outre une instance consultative nationale, le Conseil commun de la fonction publique (CCFP) et des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans les fonctions publiques de l’État et territoriale. Elle apporte de nouvelles garanties de carrière aux agents investis de mandats syndicaux.
Les instances représentatives concernées
Les instances représentatives concernées par les élections professionnelles du 4 décembre sont les suivantes :
- toutes les commissions paritaires, qui traitent des questions relatives aux carrières individuelles des personnels : les commissions administratives paritaires (CAP), organes de représentation des agents titulaires de la fonction publique, les commissions consultatives paritaires (CCP) pour les agents non titulaires de l’État et les commissions d’avancement des ouvriers de l’État (CAO) au sein des établissements ouvriers publics ;
– tous les comités techniques (CT) ministériels, de proximité ou spéciaux, qui sont compétents pour toutes les questions relatives à l’organisation et au fonctionnement des services.
Les conseils supérieurs de la fonction publique de l’État, de la territoriale et de l’hospitalière seront constitués par l’addition des voix obtenues par chaque syndicat aux élections des CT ministériels. Ils sont consultés sur tout projet de texte modifiant les dispositions du statut de la fonction publique en cause, sur les statuts particuliers des corps ou cadres d’emploi, ou encore sur des questions générales telles que l’égalité entre hommes et femmes, la formation continue ou les conditions d’hygiène et de sécurité.
Le Conseil commun de la fonction publique, nouvellement créé, sera, quant à lui, constitué à partir des résultats agrégés des conseils supérieurs de l’État, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière. Il examinera toutes les questions communes aux trois versants de la fonction publique.
Les élections aux comités techniques serviront également pour la composition des CHSCT et de toutes les commissions qui en découlent (secours, prêts, logements, cantines, formations…).