Les fruits du « Poirier sauvage »

Le Poirier sauvage, huitième long-métrage du très grand cinéaste turc, Nuri Bilge Ceylan, est une passionnante fresque sur le passage à l'âge adulte, que sa longueur ne doit pas décourager.

Par Dominique Martinez
Par Dominique Martinez
Publié le 17 août 2018, modifié le 16 avril 2026
NVO – La Nouvelle Vie Ouvrière, le magazine des militants de la CGT, actualité sociale et juridique
Nuri Bilge Ceylan films
Le Poirier sauvage, huitième long-métrage du très grand cinéaste turc, Nuri Bilge Ceylan, est une passionnante fresque sur le passage à l’âge adulte, la relation père-fils et les rêves d’accomplissement dans une Turquie gangrenée.
L’erreur majeure serait de se laisser décourager par les 3h08 du film – l’équivalent de trois épisodes d’une série lambda. Si l’on connaît le caractère contemplatif du cinéma de Nuri Bilge Ceylan, dont le précédent opus, Winter sleep, avait reçu la Palme d’or à Cannes en 2014, on connaît aussi sa propension à étirer ou comprimer le temps – une heure, trois heures, cinq heures, finalement, c’est pareil –, à écrire des dialogues à l’infini pour mieux disserter sur des grands sujets philosophiques comme l’art, la création, la religion, l’amour au beau milieu des affaires courantes et quotidiennes de la famille, du village, de la société. Au beau milieu d’un écrin somptueux, fait de paysages, d’animaux, de lumière et d’amour absolu pour le monde paysan. De retour dans son village natal d’Anatolie, le jeune Sinan, qui a toujours rêvé de devenir écrivain, cherche l’argent pour publier son manuscrit, tandis que l’addiction au jeu de son père a contraint toute la famille dans un cycle de dettes sans fin. Deviendra-t-il l’artiste dont il rêve ou bien deviendra-t-il un petit fonctionnaire comme son père ? De ce scénario minimaliste, Ceylan livre un film magistral d’abord en forme d’hommage à la relation père-fils, au portrait d’un jeune artiste puis au portrait de famille. Il ne choisit pas et traite de tout, prend le risque de se perdre sans se perdre jamais, joue, sans crier gare, la carte de l’onirisme, et rend son récit accessible par sa capacité à appréhender la complexité des relations, par l’ampleur de sa mise en scène et par la beauté poétique de sa photographie. Ceylan ne surplombe pas son spectateur, simplement, il ne lâche rien de l’exigence artistique au service d’histoires de jeunes profs diplômés qui deviennent flics par manque de postes, de vieux profs qui s’égarent en pariant aux courses pour essayer de tromper la pauvreté, de puits sans eau et de poiriers sauvages. https://youtu.be/cLJ5T0qlg2U  
NVO – La Nouvelle Vie Ouvrière, le magazine des militants de la CGT, actualité sociale et juridiqueLe Poirier Sauvagede Nuri Bilge Ceylan 3h08, sorti le 8 août 2018
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