Les lanceurs d’alerte sur la sellette
Alors que la Commission européenne annonce un projet de directive sur la protection des lanceurs d’alerte, le Parlement français s’apprête à voter une proposition de loi qui risque de les fragiliser et de mettre en péril la liberté d’informer.
Publié le 2 août 2018
Alors que la Commission européenne annonce un projet de directive sur la protection des lanceurs d’alerte, le Parlement français s’apprête à voter une proposition de loi qui risque de les fragiliser et de mettre en péril la liberté d’informer.
Pétition « Loi secret des affaires, ne laissons pas les entreprises et les banques d’affaires imposer la loi »
Transposition dans le droit national de la très décriée directive européenne sur le secret des affaires de juin 2016, le texte porté par LREM a été adopté par le Sénat le 18 avril dernier en procédure accélérée et provoque une levée de boucliers. Il est dénoncé par les collectifs « Informer n’est pas un délit » et « Stop secrets d’affaires » – coalition de journalistes, de lanceurs d’alerte, de syndicats, d’ONG et de représentants de citoyens – ainsi que par une pétition qui a rassemblé plus de 500 000 signatures en moins d’un mois. Ils estiment qu’avec la future loi, « le secret devient la règle, et les libertés [deviennent] des exceptions ». Une lettre ouverte a été adressée au président de la République.
De son nom complet : « Sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulguée contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites. »
Les parlementaires LREM qui ont poussé à l’adoption de la proposition de loi sur le secret des affaires prétendent vouloir lutter contre « l’espionnage économique, le pillage industriel et la concurrence déloyale ». Quitte à mettre en cause le droit des citoyens à l’information… Car si une directive est un texte minimum commun à tous les États membres, lesquels ne peuvent que l’améliorer, le député LREM Raphaël Gauvin, rapporteur de la proposition de loi, aggrave la situation du lanceur d’alerte.
Alors que la directive de 2016 met celui-ci à l’abri de toute poursuite pour violation du secret des affaires si, en révélant une « faute, une malversation ou une activité illégale », il a « agi pour protéger l’intérêt général », la transposition française bouleverse la donne. En ajoutant que le lanceur d’alerte devra prouver sa « bonne foi », la proposition de loi inverse la charge de la preuve. Christophe-André Frassa, rapporteur au Sénat, s’est quant à lui évertué à élargir le champ des informations concernées par le secret des affaires. À la notion de « valeur commerciale », il préfère celle, plus floue, de « valeur économique ».
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