Le mouvement de grèves du printemps 68 a été
le plus massif de l’histoire de notre pays.
Aujourd’hui, nombre de ses « experts » autoproclamés en détournent le sens, dans une France
où ils entendent faire régner un nouvel ordre libéral.
Non, ce dossier de votre NVO ne prétend pas dresser de rituel commémoratif. La rédaction n’a pas vocation à faire ici œuvre d’histoire. Ce n’est pas notre métier. En effet, un demi-siècle après ce qui s’est joué en 1968, ce qu’il en est dit aujourd’hui ne peut laisser indifférent. Les lectures officielles de quelques figures médiatiques qui confisquent la plus grande grève de l’histoire en gommant sa dimension sociale, ouvrière, ou de ceux qui la vouent aux gémonies, voire veulent en « liquider l’héritage », traduisent sans doute d’abord les velléités idéologiques du pouvoir en 2018.
En ce sens, la portée de cet évènement exceptionnel de notre histoire et les motivations de ses « experts » autoproclamés ne doivent pas être passées sous silence. Comme l’explique Kristin Ross, essayiste américaine dans son ouvrage
Mai 1968 et ses vies ultérieures, le narratif officiel qui réduit ce mouvement à la fois dans le temps et dans l’espace en évacue l’essentiel : la grève ouvrière. Dans le temps, en limitant les événements de cette seule année et au seul mois de mai ; dans l’espace, en évoquant plus volontiers les affrontements parisiens (voire ceux du quartier latin) que la lame de fond qui a secoué tout le pays.
La plus grande grève de l’histoire
Or, 1968 a effectivement vu une partie de la jeunesse lycéenne et étudiante exprimer son refus d’un ordre autoritaire, son désir de liberté. Mais cette jeunesse a aussi réclamé le droit à l’égalité, dans l’usine, dans l’entreprise, comme dans l’accès à l’éducation. Surtout, 1968 est, avant tout, le plus grand mouvement social qu’ait connu notre pays. De huit à dix millions de salariés se sont mis en grève. Du jamais vu. Une mobilisation du salariat pour un autre partage des richesses d’un pays en pleine croissance économique et pour le droit au respect contre l’autoritarisme à l’usine comme dans la cité. Une mobilisation qui a largement dépassé celle du Front populaire en 1936 et n’est pas née de rien.
Elle n’a pas, non plus, cessé le 30 mai, en dépit de la reprise en main du pouvoir gaulliste : ce dernier laissant planer la menace du recours à l’armée, a habilement dissous l’Assemblée et annoncé qu’il ne démissionnerait pas. Non seulement parce que les grèves se sont poursuivies en juin et en juillet, contre un patronat arc-bouté sur son refus de négocier. Mais aussi parce que les années qui ont suivi, ont aussi été celles d’autres luttes qui ont profondément marqué la société et notamment en faveur des droits des femmes.
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