Mal de mère

Vivian Gornick, de sa plume acérée, décrit dans « Attachement féroce » la relation d’amour et de détestation avec une mère insupportable, mais au charme puissant.

Par Rédaction NVO
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Publié le 2 juillet 2017, modifié le 16 avril 2026
"Attachement féroce", Couverture du livre de Vivian Gornick
DR
Autofiction féministe, analyse sans concession du couple que forment une mère et sa fille — la narratrice — portrait d’un conflit de générations entre deux femmes, Attachement féroce est tout cela et bien plus. Car dans cette lutte pour devenir indépendante, la fille découvrira l’écriture…
« Je n’ai pas de bonnes relations avec ma mère et, à mesure que nos vies avancent, il semblerait que ça empire. Nous sommes toutes deux prisonnières d’un étroit tunnel intime, passionné et aliénant. » Paru en 1987 aux États-Unis, Attachement féroce de la journaliste, essayiste et romancière Vivian Gornick vient — seulement — de paraître en France où l’on connaît peu l’œuvre de cette auteure féministe, plume du magazine new-yorkais The Village Voice. C’est pourtant un texte puissant, souvent cinglant, que cette autofiction d’une relation mère-fille qui balaie aussi plusieurs décennies du XXe siècle des femmes et la difficulté de se défaire des carcans reçus en héritage. Comment la narratrice peut-elle trouver sa place, face à une mère juive envahissante, aux idées tranchées, qui, bien qu’assez libre dans sa parole et dans ses actes, entretient avec sa fille un rapport qui n’est pas exempt de jalousie ? Pendant que l’Amérique — l’intrigue se passe essentiellement dans le Bronx — connaît d’importants bouleversements sociaux, mère et fille semblent également se débattre dans les sables mouvants de contradictions où elles s’engluent. À la mort du père et époux, la mère impose à sa fille un chagrin très démonstratif : « Le veuvage de maman lui procura un statut d’être supérieur (…) Pleurer papa devint son activité, son identité, son rôle. » Pourtant, c’est une femme progressiste, militante communiste et syndiquée, autonome… Mais, aux yeux de sa fille, il est très clair qu’elle se complait dans une dépression dont elle fait subir le poids à la jeune femme. « Comment aurait-elle pu ne pas rester fidèle à une vie pleine de contradictions aussi intenses ? Et moi, comment ne pas rester fidèle à sa fidélité ? » attachement feroce.inddMalgré le conflit générationnel, il est évident que ces deux femmes s’aiment, sans doute mal, mais profondément. Et petit à petit, la narratrice trouvera en l’écriture l’issue de secours tant espérée dans cet étouffant huis clos… échappatoire qui sera bien sûr méprisée par sa mère ! L’écriture acérée de Vivian Gornick, son sens aigu des dialogues et les nombreux portraits de femmes qui émaillent ce roman font de Attachement féroce un excellent témoignage de la condition féminine des citadines américaines dans la seconde moitié du siècle passé.
Attachement féroceVivian Gornick. Traduction Laetitia Devaux. Éditions Rivages/Littérature étrangère. 224 pages, 20 €.
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