Christophe Garreta dirige la CGT narbonnaise depuis 2010. Le quadragénaire, œnologue passé au rail, puise son engagement dans l’héritage familial. Il forge ensuite son militantisme au gré d’un parcours professionnel qui le conduit de la cave coopérative de Ventenac-en-Minervois à la SNCF, avant d’arriver à la tête de l’union locale de Narbonne.
Élémentaire, mon cher Watson… Christophe Garreta vit le syndicalisme comme il respire. Comme quelque chose de naturel et de vital. Le Lotois, né voilà presque quarante-deux ans à Figeac de parents aveyronnais, accorde moins d’intérêt aux responsabilités qu’il a exercées qu’à sa capacité à vivre pleinement son militantisme : « C’est important de changer et de se renouveler, affirme celui dont les propos empruntent souvent à la passion et à ses substantifs. L’idée, c’est de se remettre en question pour essayer d’être au maximum de mon engagement syndical. Et ça, de mon point de vue, ça limite la durée d’exercice des mandats. »
Le secrétaire général de l’union locale CGT de Narbonne joint le geste à la parole tandis qu’il évoque l’éventualité d’une troisième mandature consécutive à la tête de la structure audoise, à l’occasion du congrès qui se déroulera d’ici à deux ans : « Les discussions sont en cours, confesse-t-il dans un sourire amusé. J’ai trouvé ces dernières années passionnantes, mais d’autres militants sont capables de prendre la suite et d’assumer cette responsabilité. Si je décidais de ne pas présenter à nouveau ma candidature, je continuerais quand même à militer. Parce qu’arrêter une responsabilité, ce n’est pas arrêter de militer. »
Petit à petit, le militant s’aguerrit
Loin de toute coquetterie, Christophe Garreta défend une ligne de conduite dont il ne s’est jamais éloigné. Biberonné à la CGT et au PCF par un père cheminot et une mère employée de mairie à Capdenac, il n’est pas arrivé au syndicalisme par hasard : « Cela s’est fait petit à petit, raconte ce diplômé d’œnologie qui a travaillé son nez et son palais à l’université des sciences Paul-Sabatier à Toulouse, en Haute-Garonne. Lorsque je suis entré dans le monde du travail, j’ai fait pas mal de stages et de contrats qui m’ont conduit de Limoux à la Touraine, avant de revenir dans le Narbonnais. J’ai toutefois attendu de signer un CDI, au bout de deux ou trois années, pour me syndiquer. » Et de détailler : « C’était en 1998, j’étais salarié à la cave coopérative de Ventenac-en-Minervois. J’ai choisi la CGT, par tradition familiale sans doute, aussi parce que mes collègues et moi-même étions confrontés à des difficultés et à des conflits qui portaient sur l’organisation du travail. À l’époque, la grève était la seule alternative que nous envisagions. J’ai donc pris contact avec les militants narbonnais pour savoir comment, lorsque l’on n’est que trois employés, on peut s’organiser et être efficace. Là, on m’a tout de suite répondu et expliqué les autres démarches revendicatives possibles. Je me suis penché sur la question et, depuis, je n’ai pas arrêté. » De militer bien sûr.
Car, si le secteur viticole perd alors un salarié, le syndicalisme gagne un militant. « J’ai compris que l’œnologie constituait davantage une passion qu’un métier pour moi. J’ai donc démissionné pour rejoindre la SNCF en 1999. Là, j’ai rapidement pris des responsabilités syndicales et électives. »
Christophe Garreta devient en 2001, pour deux mandats, délégué du personnel et membre de la commission exécutive du syndicat des cheminots CGT en 2001. En 2006, il devient le secrétaire du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail pour un mandat.
Le terrain avant tout
Cette période forge le militant. Christophe Garreta prend de l’assurance. La CGT cheminots, à Narbonne, est un syndicat structuré et organisé. Le nombre des syndiqués, qui représente la moitié des effectifs du site, lui permet de construire et de déployer son engagement. Mais ce contexte appelle aussi des exigences : « J’ai appris que les réunions organisées avec la direction ne servaient qu’à obtenir des informations, explique celui qui reste affecté à la SNCF quatre-vingt-dix jours par an. Car, pour faire avancer nos revendications, il fallait surtout garder le contact avec les salariés et maintenir un certain niveau de pression. Bref, sans abandonner la représentation collective au sein des instances, ni bouder le dialogue social, j’ai privilégié le travail sur le terrain. »
Militer : une perpétuelle remise en question
Christophe Garreta dirige la CGT narbonnaise, dans l’Aude, depuis 2010. Il forge son militantisme au gré d’un parcours professionnel qui le conduit de la cave coopérative de Ventenac-en-Minervois à la SNCF, avant d’arriver à la tête de l’union locale de Narbonne. "
Publié le 25 novembre 2014
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