« 100 millions pour casser l’outil… «
L’ancien élu CFDT au comité de groupe européen a 37 ans de boîte. Il a décidé de partir plutôt que de s’inscrire dans le projet de la Scop. Cela ne l’empêche pas d’être solidaire de ses camarades et de dénoncer la stratégie du groupe finlandais UPM : « UPM veut tout simplement enlever du papier sur le marché. Ils sont sur des logiques de groupes qui se constituent des monopoles. En fait, ils “investissent” 100 millions pour casser l’outil et estiment que cet “investissement” leur rapporte ensuite 90 millions par an. Ils ont amusé la galerie en disant qu’ils voulaient vendre. » Refus malhonnête à honnête proposition Pendant que les groupes de visiteurs s’éparpillent sur le site, un grand feu de palettes est allumé devant l’usine et on commence à se rassembler à proximité autour des barbecues. C’est là que nous trouvons Sébastien Saget, le jeune délégué CGT de l’entreprise qui a été à l’initiative de la proposition d’une Scop. Car si des salariés ont accepté sans broncher des indemnités de départ non négligeables, 85 d’entre eux se sont engagés dans cette alternative pour sauver l’emploi. Un projet crédible, mais qui s’est heurté à un obstacle de taille : la mauvaise foi absolue d’UPM. C’est ce qu’explique Sébastien : « UPM a dit qu’il voulait vendre. Il y a eu deux propositions de reprise. La première a été rejetée parce qu’UPM a prétendu que le business plan n’était pas crédible. La seconde, c’est la nôtre, celle d’une reprise par les salariés. Nous leur avons proposé l’euro symbolique puis, face à leur refus, nous avons dit que nous pouvions monter jusqu’à trois millions.
Pour casser la proposition, ils ont exigé entre 10 et 12 millions, un chiffre intenable. Et ils préfèrent mettre 30 millions pour fermer. » Début mars se tenait en effet à Paris une réunion entre la direction d’UPM et ses ex-salariés porteurs de la proposition de reprise, sous l’égide d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. Le plan avancé par les salariés est assez bien ficelé : en additionnant les 5 millions d’aides du PSE, trois millions qu’on va chercher chez les banques, un capital de 1,5 million avancé par les salariés, des aides des collectivités territoriales évaluées entre 700 000 et 800 000 euros, une prime à l’aménagement du territoire d’un million et la garantie bancaire de la BPI, le tout devait tenir la route. Côté clients, pas de problème non plus, ce n’est pas cela qui manque… C’est lors de cette réunion que tombe le couperet d’une vente… à 10 millions ou plus.
Des logiques de groupes qui se constituent des monopoles
Le coup a été rude, mais peut-être pas fatal. Juste après l’initiative « portes ouvertes » devait se tenir une AG des salariés engagés dans le projet de Scop. « Ils ne s’attendaient pas à une proposition sérieuse des salariés, on les a coincés. Alors, que font les patrons quand on les coince ? Ils changent les règles du jeu » intervient Marie-Madeleine Maucourt, directrice de l’Union régionale Est pour l’accompagnement des Scop. Toujours debout « Il faut poursuivre l’action, faire levier sur les valeurs éthiques d’un groupe qui prétend s’en revendiquer, alerter les médias et aller à Helsinki », suggère l’avocat des salariés Ralph Blindaueur. « Ils torpillent toutes les solutions, mais il est possible de les prendre en défaut devant le Conseil de la libre concurrence, car ils organisent le monopole », explique encore Denis Schnabel. « Il y a aussi le précédent de la papeterie M-Real à Alizay, dans l’Eure, où les salariés ont réussi leur projet de reprise grâce à l’intervention des collectivités territoriales. » Simple bras d’honneur ou chance réelle d’aboutir ? La question prioritaire n’est pour l’heure pas tant celle-ci que les nouvelles actions qui se préparent déjà pour ces prochaines semaines. _____________________________________________________________________________ Vente par morceaux Même logique chez Stora Enso Corbehem (62) « C’est une situation similaire à celle de Docelles qui affecte le site Stora Enso de Corbehem. Cette papeterie qui emploie 330 salariés est le spécialiste du papier glacé pour magazines et publicités. Après une étude s’étalant sur plusieurs mois, l’outil est officiellement mis en vente en septembre 2013. En réalité, aucune recherche de repreneur n’est entreprise. La fermeture de l’entreprise est annoncée pour juin prochain, tandis que la papeterie a arrêté toute production – officiellement pour cause de danger pour la santé des salariés – depuis février 2014. La lecture des procès-verbaux du CHSCT fait apparaître une vente de l’outil par morceaux. Ici comme chez Docelles, la CGT réclame la préemption de l’outil de production par le conseil général et le conseil régional. »