Parasite : un thriller social

Avec Parasite, le sud-coréen Bong Joon-ho met les inégalités sociales au cœur d'un scénario qui lui a permis de toucher à tous les genres cinématographiques et de décrocher la Palme d'or à Cannes cette année.

Par Dominique Martinez
Par Dominique Martinez
Publié le 29 juin 2019, modifié le 16 avril 2026
NVO, la Nouvelle vie ouvriere, le journal de l’actualité sociale, syndicale et juridique
Ciné 21
Sorti le 5 juin, Parasite, le sixième film du sud-coréen Bong Joon-ho, joue sur la lutte des classes. Thriller social, comédie burlesque, film d’horreur, il mélange plusieurs genres cinématographiques dans un exercice de style qui lui a permis de décrocher, cette année, la Palme d’or à Cannes.
D’un côté, une famille pauvre où les parents et les enfants – en l’occurrence deux jeunes adultes – sont sans emploi et s’entassent dans un micro sous-sol délabré et humide dans les bas-fonds de Séoul. De l’autre, une famille bourgeoise, avec deux enfants plus jeunes, confortablement installée dans une superbe villa à plusieurs étages avec vue imprenable sur un jardin arboré. Quand le fils de la première décroche un job comme prof d’anglais de l’adolescente aisée de la seconde, c’est le début de l’engrenage. Chauffeur, gouvernante, professeure de dessin du petit dernier. Toute la famille de Ki-Taek entre au service du clan Park… pour le meilleur et pour le pire. Les pauvres ne vont pas tarder à avoir des rêves d’émancipation, mais il y a aussi parmi eux, une segmentation.

Une filmographie préalable

Bong Joon-ho avait fait une entrée remarquée dans le cinéma avec Memories of Murder en 2003, un polar noir et rythmé tiré de l’histoire vraie d’un tueur en série. Il y avait eu ensuite The Host, un film de science-fiction écologique, en 2006. Enfin, et surtout, il a réalisé en 2009 un sublime portrait de femme et mère courage, Mother. Intimiste, personnel et délicat, ce dernier est certainement son film le plus abouti. L’humour et la comédie irriguent habilement l’ensemble de sa filmographie, qui reste ancrée dans la société sud-coréenne. On retrouve le même ton dans son septième film. Au lieu de faire pleurer dans les chaumières, Bong Joon-ho s’empare, ici, de l’architecture de la maison pour installer la parabole contemporaine d’une lutte des classes sans merci bien que sans conscience, et pour convoquer les ombres d’une mémoire historique douloureuse refoulée.

Savant mélange des genres

Est-ce un portrait (double) de famille ? Une comédie burlesque ? Une chronique sociale ? Un film d’horreur ? De fantômes ? Un peu tout ça à la fois, car le film est pétri de références au cinéma de genre (Chabrol, Tarantino, Kim Ki-young…). Cette prouesse du mélange des genres dans un style parfaitement maîtrisé impressionne et fait l’effet d’une grande fresque. C’est sans doute cette virtuosité qui a fait consensus au sein du jury du réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu et conduit Parasite à rafler la Palme d’or 2019 au Festival de Cannes. On gardera en tête, qu’au cœur de cet éblouissant exercice de style, Song Kang-ho, acteur fétiche de Bong Joon-ho qui incarne Ki-Taek, est celui qui « pue le pauvre » et qui tuera face au mépris de sa classe…
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