Petite conférence entre amis
Quatre organisations syndicales, dont la première, la CGT, ont refusé de jouer les figurants lors de la troisième conférence sociale organisée par le président de la République et le gouvernement au CESE. En jeu, non seulement la méthode, qui fait fi d’une vraie démocratie sociale, mais aussi les orientations du gouvernement, déjà prises ou annoncées, cédant aux injonctions patronales. Décryptage.
Publié le 14 juillet 2014
Quatre organisations syndicales, dont la première, la CGT, ont refusé de jouer les figurants lors de la troisième conférence sociale organisée par le président de la République et le gouvernement au CESE. En jeu, non seulement la méthode, qui fait fi d’une vraie démocratie sociale, mais aussi les orientations du gouvernement, déjà prises ou annoncées, cédant aux injonctions patronales. Décryptage.
À situation gravissime, décisions inédites. Prodigalité à l’attention du Medef, provocations à l’encontre des salariés et de leurs représentants syndicaux, décisions promues en avant-première du dialogue pourtant annoncé : les orientations et la méthode du premier ministre Manuel Valls ont plus qu’indigné certaines organisations syndicales. La CGT a participé lundi 7 juillet, comme un acte républicain, à la réunion à huis clos avec le président de la République et avec les autres organisations syndicales et organisations patronales, lors de la première journée de la troisième conférence sociale organisée au CESE par François Hollande. Mais face à ce qui ressemble de plus en plus à un pas de deux entre gouvernement et patronat, elle a décidé de ne pas participer aux sept tables rondes prévues le lendemain et de ne pas assister au discours de clôture du premier ministre. Même refus du côté de FO.
La FSU a elle aussi « claqué la porte » mardi, peu après l’ouverture des tables rondes, tandis que Sud Solidaires avait annoncé plus tôt son intention de ne pas participer. « C’est en respectant les salariés et en revalorisant le travail par une autre répartition des richesses créées par le travail qu’une issue à la crise sera possible », a déclaré Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, tirant le bilan des résultats catastrophiques de la politique économique du gouvernement et d’une vision quelque peu méprisante de la démocratie sociale dont le président avait pourtant fait l’un de ses chevaux de bataille officiels. « L’attitude du premier ministre à l’égard des partenaires sociaux n’est pas admissible », a-t-il rappelé, soulignant que le gouvernement a remis en cause des mesures qui ont fait l’objet d’une négociation, d’un accord, d’une loi, en donnant « raison au patronat », lequel, notamment, « ne veut pas endosser sa responsabilité dans la reconnaissance de la pénibilité au travail, et qui exclut du travail pour inaptitude 150 000 salariés par an ».
« On a voulu dire attention, vous prenez un drôle de chemin, un chemin qui est dangereux pour l’économie, un chemin qui est dangereux pour le social, un chemin qui est dangereux pour la démocratie, ça s’appelle l’austérité », a précisé, de son côté, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO pour qui « nous parler de dialogue social, quand un gouvernement décide sans dialoguer, ça s’appelle du cinéma ».
Bernadette Groison a expliqué, pour sa part, le choix de la FSU : « Nous ne restons pas à cette conférence sociale parce qu’elle est trop mal engagée en termes de méthode sur le dialogue social. […] Nous attendons que le gouvernement clarifie la manière dont il conçoit le dialogue social. Aujourd’hui nous ne pouvons pas être sur un dialogue social unilatéral. […] Nous avons eu le sentiment, hier [lundi 7, NDLR] que nous avions déjà la feuille de route de clôture […] alors qu’il y a des désaccords », notamment sur le pacte de responsabilité ou les services publics. Quant au syndicat Solidaires, il avait annoncé la semaine précédente sa décision de boycotter la conférence les 7 et 8, dénonçant l’absence de dialogue social et de « discussion sur les choix politiques du gouvernement » accusé de céder aux « injonctions du Medef ». Aussi l’organisation avait-elle appelé à « rejoindre la conférence vraiment sociale initiée par les mouvements de chômeurs et chômeuses à Paris le 7 juillet ».
PIERRE GATTAZ ANNONCE QUE LA CRÉATION D’EMPLOIS POURRAIT PRENDRE QUELQUES MOIS, VOIRE QUELQUES ANNÉES
Ensuite, il a voulu rassurer le patronat sur la mise en œuvre du pacte dit de responsabilité que celui-ci a réclamé et obtenu, avec de nouvelles aides et exonérations sans contrepartie et par un nouveau plan « d’économies » de 50 milliards. « Je veux donner une visibilité complète sur ces engagements, en matière de baisse du coût du travail et en matière fiscale. Après avoir diminué de 6,5 milliards d’euros, dès 2015, les prélèvements sur les entreprises seront réduits de 8 milliards en 2016 et d’environ 5,5 milliards en 2017. Sans oublier la montée en charge du crédit d’impôt compétitivité emploi à hauteur de 20 milliards d’euros. Jamais de tels engagements n’ont été pris à ce niveau », plaide-t-il alors, répondant explicitement à ce qu’il qualifie d’« inquiétude », d’« angoisse » et d’« exaspération […] de beaucoup d’entrepreneurs, qui créent la richesse et l’emploi » [sic]. Il oublie l’inquiétude, l’angoisse, l’exaspération, bien réelles, des privés d’emplois comme des salariés en mal de pouvoir d’achat, de reconnaissance de leur travail et d’un minimum de considération pour leurs propres exigences. Le patronat, on s’en souvient, a pourtant refusé de s’engager sur des objectifs chiffrés de créations d’emplois en contrepartie du « pacte », reportant la discussion aux branches professionnelles. Des discussions toujours en attente pour la plupart, alors que Pierre Gattaz n’hésite pas à annoncer que la « mobilisation » des employeurs mettrait « du temps » avant de produire « des effets concrets » et que « la création d’emplois » prendrait « quelques mois, voire quelques années »
EN 2015, SEULS QUATRE FACTEURS DE RISQUE SUR DIX PRIS EN COMPTE DANS LA MESURE DE LA PÉNIBILITÉ
Pourtant, le gouvernement a accepté d’agréer la convention d’assurance chômage qui ne peut que réduire les droits des demandeurs d’emploi. « L’industrie continue de perdre des emplois. Les mesures d’austérité prises par le gouvernement aggravent la situation. Le pacte de responsabilité met en danger notre protection sociale. La transformation progressive de notre Sécurité sociale vers une fiscalisation du financement et des prestations n’est pas de nature à répondre aux besoins d’aujourd’hui. Et en l’absence d’engagements clairs du patronat sur la création d’emplois, le pacte de responsabilité va avoir un effet récessif sur notre économie », souligne le secrétaire de la CGT. Il met également en lumière les effets néfastes d’une réforme territoriale décidée « en urgence […] au moment même où vous mettez un terme à la remise à plat fiscale proposée par l’ancien premier ministre, qui aurait pu ouvrir la voie à de nouveaux moyens pour l’action publique ».
Dossier
Luttes sociales et mobilisations en France : enjeux et perspectives
Ce dossier propose un éclairage sur les dynamiques actuelles des luttes sociales en France, à travers le prisme des mobilisations syndicales, des mouvements pour les droits et de la défense du service public.
Dossier