À l’heure du 52e congrès, pleins feux sur la Côte-d’Or qui accueille la CGT
Du 13 au 17 mai, Dijon devient l’épicentre de la lutte syndicale ! La capitale de la Bourgogne a été choisie par la CGT pour accueillir son 52e congrès confédéral. L’occasion de dresser un bilan économique, social et syndical du département où, malgré le prestige des crus, c’est le monde du travail qui trinque.
Publié le 13 mai 2019
Du 13 au 17 mai, Dijon devient l’épicentre de la lutte syndicale ! La capitale de la Bourgogne a été choisie par la CGT pour accueillir son 52e congrès confédéral. L’occasion de dresser un bilan économique, social et syndical du département où, malgré le prestige des crus, c’est le monde du travail qui trinque.
Au cœur de la grande région Bourgogne-Franche-Comté, la Côte-d’Or est un département discret dont Dijon, sa capitale, est restée célèbre pour sa moutarde. Et tant pis si la production du condiment à la saveur relevée n’est plus depuis 2008, date de la fermeture de l’usine Amora, qu’un lointain souvenir dans la cité dijonnaise. Pour qui veut se pencher sur l’héritage gastronomique de la Côte-d’Or, c’est aussi – surtout – du côté de l’activité viticole qu’il faut se tourner.
« La viticulture c’est le poumon économique de la région, sans elle il n’y aurait pas grand-chose », estime Éric Michon, secrétaire de l’UL sud Côte-d’Or située à Beaune. Si toute la région ne produit pas que des grands crus, le département peut s’enorgueillir d’appellations comme les côte‑de‑beaune, les nuits-saint-georges ou encore les romanée-conti pour ne citer que quelques-uns des nectars bourguignons les plus prestigieux.
Le secteur représente, de fait, un rouage économique essentiel dans le biotope local. « On trouve de nombreuses entreprises, quelque 7 000 personnes y travaillent et ça génère beaucoup, beaucoup d’argent », constate Éric Michon.
Qui sont les tâcherons des vignobles ?
Contrairement à son acception commune, le terme « tâcheron » (travailleur rémunéré à la tâche), en Côte-d’Or, désigne un salarié disposant d’un contrat de travail à durée indéterminée qui a la « tâche » de gérer entièrement une parcelle de vignoble de quelques hectares qui ne lui appartient pas.Ces tâcherons sont souvent très attachés à ce statut qui confère des responsabilités et offre une totale liberté sur les horaires et les rythmes de travail… ce qui peut aussi devenir une chausse‑trappe, car « le travail doit être fait et est surveillé. Du coup, ne pas compter ses heures va dans les deux sens », explique Éric Michon, le responsable de l’UL de Beaune.
Étrangement, alors que tout le secteur viticole doit subir une refonte de ses conventions collectives, le statut de tâcheron devrait échapper aux mesures macroniennes. Y aura‑t-il un avantage patronal à voir ces salariés en CDI s’affranchir de toutes contraintes horaires réglementaires ? Pour autant, la spécificité de ce statut pourrait être remise en cause par les choix économiques des grands groupes viticoles bourguignons.
« De plus en plus, indique Éric Michon, ils optent pour de la sous-traitance avec des entreprises employant une main‑d’œuvre polonaise ou érythréenne, moins au fait des pratiques » et usages des « climats », comme on nomme ici les vignobles. »
Une mutation qui a des effets sur les parcelles viticoles, la « grosse tendance » étant au rachat, à leur regroupement et à leur agrandissement. « Dans les grosses maisons comme le domaine Veuve Ambal ou Bouchard père et fils, on arrive à toucher les salariés. Et notre travail syndical consiste à essayer de constituer dans le sud de la Côte-d’Or, un syndicat de toutes les professions viticoles regroupant les salariés de la production viticole comme ceux des industries liées au vin », s’enthousiasme le militant bien conscient, cependant, des difficultés à toucher les catégories salariales les plus exposées.
« Ce sont souvent les salariés les plus qualifiés qui viennent à nous. Chez Kriter, par exemple, où des cadres sont syndiqués CGT, la déléguée syndicale a un poste haut placé dans le staff de direction. Chez Veuve Ambal c’est un chef d’équipe qui a monté le syndicat et chez Bouchard, c’est un tâcheron ». Ainsi et malgré les campagnes confédérales de la CGT en direction des salariés saisonniers, « c’est toujours très difficile de rencontrer les ouvriers agricoles, les saisonniers et puis l’UL manque de bras… », déplore David Missey, secrétaire général de l’UL de Dijon.
Deux autres bassins d’emplois industriels, à Longvic et Montbard, un secteur tertiaire en fort développement concentré autour de Dijon Métropole terminent de dessiner la carte économique et sociale de la Côte-d’Or. La situation de Dijon, à 1 h 30 de Paris depuis les tout premiers TGV, permet à de nombreux salariés – des cadres principalement – de faire la navette entre leur lieu de vie et leur travail dans la capitale.
« Et aussi à des bureaux d’études, d’ingénierie d’avoir leurs locaux dans l’agglomération. Beaucoup d’ICT travaillent sur place dans la chimie pharmacie par exemple au sein de boîtes comme Urgo ou ex-Sanofi », explique encore Sandrine Mourey.
Le territoire n’a pas, contrairement à d’autres départements, de spécificité industrielle. On n’est pas sur une terre de production automobile comme à Sochaux ou à Montbéliard ou d’aéronautique comme à Toulouse. De quoi limiter la casse si un secteur tout entier connaît une catastrophe économique ? Pas vraiment répondent les syndicalistes, car « quand une boîte ferme c’est toujours un cataclysme ».
Le souvenir de l’équipementier automobile TRW qui a délocalisé l’usine en Pologne a laissé des blessures psychologiques profondes. Ici comme dans de nombreux autres départements, l’emploi industriel tend à régresser. « En 2014, il représentait 13,9 % du salariat. Maintenant nous en sommes à 12,7 % », explique Jean Phulpin, animateur de la vie syndicale de l’UD 21. Le lancement d’une campagne de réindustrialisation du territoire est donc « un enjeu primordial, tant pour la création de richesse que pour la sécurisation des emplois ».
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