Potion amère pour la Grèce

Malgré de multiples plans d’austérité, le pays reste dans l’impasse. Vent debout contre de nouvelles mesures de rigueur frappant la population, les syndicats mobilisent.

Par Eva Emeyriat
Par Eva Emeyriat
Publié le 13 juin 2017
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Athènes, 18 mai 2017. Près du Parlement grec, une manifestante au bord des larmes témoigne du désarroi de son peuple face aux politiques d’austérité qui lui sont dictées.. L. Gouliamaki/ AFP
Malgré de multiples plans d’austérité, le pays reste dans l’impasse. Vent debout contre de nouvelles mesures de rigueur frappant la population, les syndicats mobilisent.
Transports  paralysés,  hôpitaux  au  ralenti,  écoles  fermées… Environ 12 000 manifestants se sont réunis à Athènes afin de répondre à l’appel à la grève générale lancé les 16 et 17 mai par plusieurs syndicats, dont la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE)  et  le  syndicat  du  secteur public Adedy. Et ce, afin de protester contre le nouveau tour de vis budgétaire qui leur est imposé. Devant le Parlement, des policiers hellènes ont déployé une banderole rédigée en  grec  et  en  allemand :  « Combien vaut la vie d’un policier, M. Tsipras, combien  vaut  la  vie  d’un  policier Frau  Merkel ? ».
Nous voulons en voyer un message au gouvernement au FMI, à l’UE, nous n’allons pas laisser nos vies en piècesAlekos Perrakis, membre du syndicat Pame
À  Thessalonique, deuxième  ville  du  pays,  quelque 6 000 manifestants se sont également mobilisés. Les Grecs doivent en effet de nouveau faire face à un train de mesures  de  restriction  budgétaire imposé conjointement par le FMI et l’Union européenne. Après des mois de négociations, enlisées depuis décembre dernier, le gouvernement de gauche  d’Alexis  Tsipras,  pourtant élu en janvier 2015 sous la promesse de mettre fin à l’austérité, a en effet dû céder aux injonctions de ses créanciers afin de permettre le déblocage d’une tranche d’un plan d’aide de 4,9 milliards d’euros et l’ouverture de pourparlers sur l’allégement de  la  dette  du  pays. Ces  mesures de  rigueur  prévoient  notamment, pour la période 2018-2021, une nouvelle baisse du niveau des retraites (la quatorzième depuis 2010) et une hausse des impôts, y compris pour les ménages se trouvant au niveau du seuil de pauvreté. Après avoir connu une croissance nulle l’an dernier, la Grèce s’est à nouveau retrouvée en récession au premier trimestre 2017, alors que près de 25 % de sa population active est au chômage. L’économie grecque reste donc toujours en panne. Alors, tout ça pour quoi ? Le jugement de la Confédération syndicale internationale est sévère : « Le plan de sauvetage financier initial accordé à la Grèce a débuté en mai 2010 contre la promesse que les niveaux d’endettement  seraient  maîtrisés  et la  croissance  de  l’économie  grecque restaurée.  À  la  place,  le  fardeau  de  la dette du pays a explosé, passant de 115 % du PIB en 2009 à 180 % actuellement, cependant que le produit économique total a reculé d’un quart. Parallèlement, les inégalités se sont creusées en  Grèce,  plus  que  dans  n’importe quel  autre  pays »,  s’insurge-t-elle dans un communiqué. Sa secrétaire générale,  Sharan  Burrow,  enfonce le clou : « Les mesures imposées à la Grèce sous prétexte de stimulation de la croissance par le biais d’une “dévaluation interne” ont constitué un échec manifeste et lamentable. Après sept années de politiques ratées, il est temps que le FMI et les institutions européennes soutiennent la reconstruction de l’économie grecque dévastée, sur la base d’une stratégie coordonnée visant la création d’emplois, l’amélioration du niveau de vie et la reconstruction des services publics. »   Article paru dans Ensemble ! no 99 de juin 2017
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