Régimes complémentaires, le pire n'est pas écrit

Le 22 juin, une réunion sur les deux régimes de retraites complémentaires, Arrco et Agirc, a lieu dans les locaux du Medef. Annoncée comme conclusive des négociations, elle se déroule dans un contexte de forte opposition convergente des syndicats aux propositions du patronat.

Par Fekher Turki
Par Fekher Turki
Publié le 21 juin 2015
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Kenzo Tribouillard/AFP
Le 22 juin, syndicats et patronat se retrouvent dans les locaux du Medef pour ce qui était annoncé comme la réunion conclusive des négociations sur les deux régimes de retraites complémentaires des cadres (l’Agirc) et de l’ensemble des salariés (l’Arrco). Mais on voit mal comment on pourrait aboutir à un texte tant l’opposition des syndicats est forte et – il faut le noter car ce n’est pas coutume – convergente face aux propositions portées par le Medef.
« Inadmissible« , « inacceptable« , « colère« … Les négociateurs syndicaux n’avaient pas de mots assez durs à l’ouverture de la quatrième séance de négociation, le 27 mai dernier, très remontés contre le traitement de choc proposé par la partie patronale. Refusant d’augmenter les cotisations, comme le réclament les syndicats, le Medef avait mis sur la table une batterie de mesures douloureuses pour les retraités et futurs retraités, pour un montant total d’économies évalué à 8,3 milliards d’ici à 2020, 12,1 milliards d’ici à 2030 et 17 milliards d’ici à 2040. Nous avons interrogé l’une des négociatrices de la CGT, Marie-Jo Kotlicki, secrétaire générale de l’Ugict-CGT sur les enjeux de cette cinquième journée de négociation. https://vimeo.com/130964624   Une batterie de mesures douloureuses Le patronat entendait repousser l’âge de la retraite sans toucher aux bornes d’âge en appliquant, à partir du 1er janvier 2017, pour les actifs nés après 1957, un abattement dégressif et temporaire sur les pensions complémentaires perçues avant 67 ans. Pour un départ à la retraite à 62 ans, par exemple, la décote subie serait ainsi de 40% pour commencer, puis de 30% à 63 ans, 18% à 64 ans, de 2% à 65 ans et de 1% à 66 ans. La patronat revendique aussi la baisse du taux de réversion de 60% à 55%, le relèvement de l’âge minimum pour toucher une pension de réversion de 55 à 60 ans, ainsi qu’une proratisation en fonction de la durée de mariage. Il envisage aussi une revalorisation des pensions inférieure de 1,5 point à l’inflation. Quant au régime complémentaire des cadres, le patronat maintient son projet de fusion de l’Agirc et de l’Arrco en un « régime unifié » d’ici à 2019, ce qui aux yeux de l’Ugict-CGT et de la CGC reviendrait à mettre en pièces le statut des cadres.   Pas de fatalité aux déficits Dans cette négociation, la CGT et son organisation spécifique des ingénieurs cadres et techniciens ne sont pas venues les mains vides. Face aux besoins de financement de ces deux régimes, qui représentent entre 25% et 60% du montant des pensions servies à leurs bénéficiaires, elles ont avancé des propositions qui, bien sûr, prennent à contrepied celles du patronat. La CGT propose, notamment, un élargissement de l’assiette des cotisations à des éléments qui n’y sont actuellement pas soumis comme l’épargne salariale (intéressement, participation…). Elle préconise aussi une augmentation modulée de la cotisation dite patronale Arrco en fonction du rapport masse salariale sur valeur ajoutée. Elle exige aussi que l’on rende effective l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Pour l’Arrco et l’Agirc, en considérant une progression vers l’égalité effective qui serait atteinte en 2024, le solde entre les cotisations supplémentaires engendrées par la réduction de l’écart salarial (27% chez les cadres) et l’amélioration des pensions serait par exemple de 4 milliards d’euros dès 2017 (déficit prévu à ce jour: 5,4 milliards d’euros) et 7,4 milliards d’euros dès 2020 (déficit prévu à ce jour: 7 milliards d’euros). Peu de chances donc que la négociation arrive à son terme ce 22 juin. Le dossier va rester ouvert jusqu’à l’automne, si besoin, et la CGT compte bien mettre ce délai à profit pour mobiliser les salariés. Comme le 27 mai dernier, l’ Ugict-CGT, et l’Urif appellent les salariés à se rassembler devant le Medef le 22 juin.
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