« Revendiquer la préemption de l’outil »

Patrick Bauret secrétaire de la Filpac CGT nous livre son analyse sur la situation aux papeteries de Docelles, les stratégies ravageuses que les papetiers tentent d’imposer et les outils pour les combattre "

Par Rédaction NVO
Par Rédaction NVO
Publié le 7 avril 2014, modifié le 16 avril 2026
docelles
QUESTIONS À Patrick Bauret secrétaire de la Filpac CGT nous livre son analyse sur la situation aux papeteries de Docelles, les stratégies ravageuses que les papetiers tentent d’imposer et les outils pour les combattre.
      Patrick Bauret secrétaire de la Filpac CGT     Comment analysez-vous l’attitude du groupe UPM qui demande 10 millions pour vendre Docelles aux salariés ? Patrick Bauret  Il fallait s’y attendre. L’objectif d’UPM est de fermer. Ils ont donc baladé les salariés pendant quatorze mois en disant qu’ils allaient rechercher un repreneur. Le premier qui se présente – Pocheco – qui aurait pu être valable, est retoqué sur de très flous sujets financiers que personne ne maîtrise. Parce que leur objectif n’est pas de se recréer un concurrent, mais de diminuer la production de papier pour augmenter les prix et fermer Docelles. Ils voulaient mettre en œuvre le même projet chez M-Real à Alizay, dans l’Eure. Cependant, ils se sont heurtés à une lutte importante. Pour Docelles, la solution aujourd’hui est donc qu’ils continuent à se battre pour booster le département et/ou la région afin qu’ils préemptent le site. Pour M-Real, le conseil régional a carrément racheté le site en expropriant l’entreprise. C’est la fameuse loi Florange, qui devrait être mise en place et qui aujourd’hui est vidée de la totalité de son contenu. Par la suite, il l’a revendu à un repreneur.  

Ils mettent des usines à la casse comme s’il s’agissait de leur voiture

  Pensez-vous que l’expérience est reproductible chez Docelles ? Oui, cette expérience est reproductible à condition de mener la lutte à un certain niveau. C’est là que réside la grande difficulté. Nous revendiquons la préemption. L’avantage de cette solution est qu’on ne pourra plus dès lors vendre sans l’autorisation de la collectivité territoriale. Mais il faut non seulement préempter le site, mais aussi le matériel. Dans le cas contraire, UPM va vendre les machines et cela ne pourra plus fonctionner. La difficulté essentielle est que la propriété privée demeure de droit divin aussi bien pour une entreprise que pour n’importe quel bien. Ils mettent des usines à la casse, comme s’il s’agissait de leur voiture et parce que c’est leur propriété, tandis que nous n’avons aucun pouvoir pour récupérer les outils de production et les faire tourner avec un repreneur, qu’il soit un industriel, une Scop ou quiconque. C’est cela la réalité, même pour des entreprises qui, comme Docelles, bénéficient de marchés de niche porteurs qui leur permettraient de s’en sortir.   Lors de ma visite à Docelles, j’ai posé la question au conseiller régional Jean-Marie Lalandre qui était sur place. Il affirme que le conseil régional peut aider sous forme de formations, mais pas en rachetant l’entreprise, d’autant qu’UPM n’est pas vendeur. C’est un choix politique. Aujourd’hui, si la région ou le département ne veulent pas mettre leur poids politique et économique dans cette entreprise, ce n’est pas du tout un problème de droit, mais un choix politique. Le cas s’est aussi présenté pour les papeteries Voiron où les bâtiments et le terrain ont été rachetés par les collectivités locales. Au départ, UPM disait qu’il donnait le site pour l’euro symbolique. La question posée aujourd’hui est : a-t-on la volonté politique, régionale et départementale d’imposer à UPM de vendre, ou plutôt donner son site ? Nous revendiquons aussi la préemption pour éviter la disparition du matériel. On ne peut certes transférer toute la machinerie, mais s’emparer d’une partie du matériel, qui est adaptable ailleurs, cela rendrait l’outil inutilisable sans des investissements lourds.   Il est question d’interpeller la commission européenne de la concurrence… C’est ce que nous avons déjà fait chez M-Real parce qu’on constate que les papetiers européens sont en train de se partager les marchés. Les groupes se spécialisent chacun sur des productions de papier particulières (journal, emballage ou autre…) afin de limiter la concurrence. Ce sont des ententes illicites sur lesquels des papetiers nordiques Stora Enso, Metsäliitto et UPM se sont d’ailleurs déjà fait épingler. On remarque par exemple que SCA a vendu toute la production de papier pour ne garder que le papier hygiène. Nous sommes dans une société libérale, et nous sommes bien obligés de faire avec les règles qui existent ! Mais étrangement, autant ils affichent le principe de la concurrence libre et non faussée, autant cela se termine par des monopoles. Cela ne concerne pas que les papeteries, il suffit de voir ce qui se passe sur le marché de l’eau…   Et où en sommes-nous à Alizay ? Après la reprise en Scop de l’entreprise, il y a deux ans, un rachat par une entreprise thaïlandaise a eu lieu auprès du conseil général. Les leaders papetiers leur mettent toujours des bâtons dans les roues, mais ils ont des commandes. Ils atteignent les objectifs de 100 000 tonnes de production qu’ils s’étaient fixés. C’est une réussite.  
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