Le 10 juillet dernier, une grève de deux semaines a pris fin à la SNCM. C’est un sursis : fin novembre, il faudra trouver des solutions pour l’avenir de la compagnie. Les salariés dénoncent la volonté de « démantèlement » qui anime ses actionnaires. Et entendent tout faire pour relancer le plan industriel de sauvetage sur lequel l’État s’était fermement engagé.
«Irresponsabilité » des salariés, « corporatisme » des syndicalistes, « prise en otages » des usagers, etc. La grève des salariés de la Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM), qui s’est déroulée du 24 juin au 10 juillet, a ranimé le « bruit médiatique » autour de la compagnie. Et ce d’autant plus que la grève est survenue au début de la saison estivale où la SNCM, qui dessert la Corse et le Maghreb, est censée réaliser l’essentiel de son chiffre d’affaires.
Le secrétaire général du syndicat CGT des marins rappelle pourtant que le préavis, déposé un mois avant, aurait pu permettre d’éviter ce mouvement, déclenché pour demander à l’État et à Transdev, l’actionnaire principal, de respecter leurs engagements. « On a proposé des solutions : ils ne les ont pas saisies et, en plus, nous ont laissés douze jours sans réponse une fois que le conflit a commencé… », souligne Frédéric Alpozzo. Au final, un « moratoire » ouvrant une fenêtre de quatre mois pour trouver une solution pour l’avenir de cette compagnie qui emploie aujourd’hui entre 1 600 et 2 000 salariés selon les périodes de l’année et dispose d’une flotte de huit navires. « Si on refait l’histoire de la SNCM, il a toujours fallu avoir recours à la grève pour obtenir des avancées », résume Frédéric Alpozzo.
L’histoire, justement. Héritière d’un siècle et demi de transport maritime, la SNCM est née sous ce nom en 1976. Privatisée en 2006, elle est aujourd’hui détenue par l’opérateur de transport Transdev, actionnaire majoritaire (66 %), l’État (25 %) et ses salariés (9 %). Dirigé par Jean-Marc Janaillac, favorable à une ouverture à la concurrence tous azimuts du secteur des transports (1), Transdev appartient pour une moitié à Veolia Environnement et pour l’autre à la Caisse des dépôts et consignations, c’est-à-dire l’État. Qui, de fait, a donc la main sur 58 % de la SNCM.
Le 24 septembre dernier, la SNCM renouvelle la délégation de service public (DSP) « relative à l’exploitation du transport maritime de passagers et de marchandise au titre de la continuité territoriale entre les ports de Corse et le port de Marseille » qui la lie à la collectivité territoriale de Corse jusqu’en 2024. C’est là le cœur de mission et la raison d’être de la compagnie. « On a toujours voulu œuvrer à répondre à l’intérêt général dans le cadre de cette DSP », explique Dominique Launay, secrétaire de l’union interfédérale des transports (UIT) CGT. Mais la SNCM est à la peine : concurrence, flotte vieillissante, etc. Courant 2013, un projet industriel à long terme commence à être élaboré. Censé pérenniser la compagnie, il repose sur quatre volets essentiels : le renouvellement de la DSP (qui est donc acquis depuis septembre dernier), la modernisation de la flotte via l’acquisition de quatre nouveaux navires, des mesures sociales (non-remplacement de départs et non-renouvellement de CDD) visant à se délester de 500 emplois, et la quête d’un nouvel actionnaire solide.
Respecter les engagements
Le 10 juillet dernier, une grève de deux semaines a pris fin à la SNCM. C’est un sursis : fin novembre, il faudra trouver des solutions pour l’avenir de la compagnie... "
Publié le 31 juillet 2014
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