HISTOIRE

Cernées par les sept collines qui entourent Saint-Étienne, le bâtiment des archives départementales de la Loire, situé en bordure de la ville, au milieu des anciennes usines d’aciéries et de métallurgie, étonne par sa façade rectangulaire et moderne. En cette veille de week-end, le public s’y fait rare à l’exception d’une petite salle, privatisée par un petit groupe. Silencieuses et concentrées, quatre personnes épluchent des centaines de dossiers aux papiers jaunis par le temps. « Nous faisons partie de l’association des amis du musée de la mine de Saint-Etienne », explique Pascal Jacquemond, 61 ans, employé dans le bâtiment.   Depuis novembre 2025, l’équipée se réunit tous les vendredis aux archives départementales. L’objectif : identifier l’ensemble des mineurs morts au XXe siècle dans les centaines de mines du bassin de la Loire. « Il y a quelques années, l’association de généalogie de la Loire a mené un premier travail de recensement, en publiant un ouvrage qui répertorie les 3000 mineurs décédés au XIXe siècle dans le bassin stéphanois », relate Pascal Jacquemond, également membre de l’association de généalogie de la Loire. « Il nous manquait la partie consacrée au XXe. C’est de là qu’est née l'idée d’un mémorial », ajoute-t-il. Grâce au travail des archives, l’association prévoit de créer un mémorial virtuel qui rendrait hommage aux mineurs disparus aux XIX et XXe dans le bassin minier stéphanois. Le site internet sera accessible au public via un QR code positionné à l’entrée du musée de la mine et dans d’autres lieux publics qui restent encore à définir. 

21 octobre, Lyon, une femme prépare sa mort. Depuis plusieurs semaines maintenant Georgette Vacher rédige, reprend et corrige. Elle laisse cinq lettres d’adieu et enregistre quatre cassettes audios. Elle a choisi la date : la veille du 29e congrès de l’Union départementale de la CGT du Rhône. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas non plus un geste insensé. C’est un acte politique, minutieusement construit, pour que sa parole survive, là où sa présence vient d'être écartée.    Georgette Vacher s'est suicidée à 51 ans. Auparavant, elle aura été ouvrière spécialiste chez Calor, syndicaliste CGT, responsable du secteur féminin de l’Union départementale du Rhône. Organisatrice de plusieurs campagnes pour le 8 mars, elle a sillonné les usines, défendu les grévistes, porté la question des femmes au cœur d'organisations pas toujours prêtes à l’accueillir à l’époque. Elle a payé chacune de ses audaces, d’un peu plus d’isolement, d’un peu plus de mépris, jusqu’à l’exclusion définitive. C’est l’histoire, longtemps méconnue, d’une femme qui voulait changer les choses de l’intérieur dans les années 1980. Elle résonne avec des débats très actuels, aujourd’hui plus que jamais. Qui contraste avec la place que les femmes ont su se faire depuis dans le syndicalisme et à la CGT particulièrement, où elles comptent désormais pour la moitié des nouvelles adhésions. Georgette Vacher, celle qui montre le chemin parcouru, et celui qui reste à faire. 

Autour de Léo Lagrange, le monde associatif et syndical fourmille d’initiatives. La CGT réunifiée soutient la création des centres de culture ouvrière (CCO), qui -expérimentent de nouvelles pédagogies collectives, tandis que les centres confédéraux d’éducation ouvrière (CCEO) (qui deviendront « la formation syndicale CGT » en 1999) forment les militants aux questions économiques, civiques et culturelles. C’est aussi l’époque des cours radiophoniques ou encore des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Céméa), créés en 1937, qui posent les bases de la formation des animateurs de -colonies (les ancêtres du futur Bafa). Le tout dans une atmosphère de fête et de croyance dans les vertus de l’éducation et de la culture, rappelle Marion -Fontaine : « Même si cela touche surtout les plus politisés, des hommes, des citadins, le bouleversement symbolique est immense : pour la première fois, les ouvriers ont un droit égal aux loisirs par rapport aux élites. » Laurent Besse abonde : « Le Front populaire pose les bases de ce que sera l’organisation des loisirs dans l’après-guerre. Politiquement, c’est une préoccupation partagée par la gauche, au-delà des tensions, et cela lui donne un avantage sur une droite qui n’a pas de doctrine du sport et de l’éducation populaire. »