Reportage

« Ceux qui étaient invisibles deviennent visibles ». Ces mots sont ceux du député insoumis Éric Coquerel, à la tribune du rassemblement contre le racisme tenu à Saint-Denis le samedi 4 avril, un événement organisé à l'appel et en soutien du nouveau maire de la ville Bally Bagayoko. La place Victor Hugo - où se situent l’hôtel de ville et la basilique dionysiennes - est pleine à craquer. Il s'agit pour la foule de témoigner sa solidarité envers l’édile attaqué depuis son élection au premier tour des municipales par l’extrême droite et ses relais médiatiques, tout particulièrement la chaîne CNews. Le psychologue Jean Doridot y avait d'abord développé, le 27 mars, un parallèle scabreux autour « d'Homo Sapiens », la «famille des grands singes » et du fonctionnement des « tribus » autour d'un « chef », puis le lendemain, l'auteur Michel Onfray avait osé, sur la même chaîne, comparer l'attitude du nouveau maire à celle d'un « mâle dominant ». Des propos comme des injures qui ont heurté bien au-delà de l'élu. « En tant que Dionysien, je me suis senti attaqué de manière frontale et si on laisse passer ça, on laisse tout passer », clame Jean-Claude (dont le prénom a été modifié), habitant né et ayant grandi dans la ville-nécropole des rois de France. « Je me suis sentie concernée lorsqu’on entend des "singeries". On est Français avant tout. On peut être noir, mais on est Français », ajoute pour sa part Hassani Abdoulhamidi, habitante également de Saint-Denis, venue en famille au rassemblement. 

« Toi, ça fait longtemps que t’as l’intermittence ? », s’interroge un jeune homme. « Cinq ans », répond son voisin en veste jaune avant d’éclater de rire. « On verra bien si ça dure ! ». Ce mercredi 25 février au matin, l’heure est grave mais l'ambiance est joyeuse. Représentants syndicaux et patronaux sont réunis dans les locaux de l’Unédic à Paris pour une ultime journée de négociations autour de l'Assurance-chômage. Dans la rue, à quelques dizaines de mètres à peine, plusieurs centaines d’intermittents et d'intermittents (300 selon le décompte de l'AFP) ont répondu à l’appel de la CGT pour défendre leur régime d'indemnisation spécifique. Les négociations, qui durent depuis plusieurs semaines, devaient initialement porter sur les ruptures conventionnelles jugées trop coûteuses par le gouvernement. Les organisations patronales, MEDEF en tête, l’ont transformé en offensive totale contre les travailleurs sans emplois. Objectif affiché : réaliser un milliard d'économies, notamment en augmentant de 50 le seuil d’heures à atteindre pour que les intermittents puissent ouvrir des droits (les passant ainsi de 507 à 557 heures). Une mesure qui risquerait de plonger dans la précarité beaucoup de ces professionnels - on comptait 300 000 intermittents en France en 2024, dont 150 000 indemnisés - et de les contraindre à se résigner à des conditions dégradées.