mobilisation

21 octobre, Lyon, une femme prépare sa mort. Depuis plusieurs semaines maintenant Georgette Vacher rédige, reprend et corrige. Elle laisse cinq lettres d’adieu et enregistre quatre cassettes audios. Elle a choisi la date : la veille du 29e congrès de l’Union départementale de la CGT du Rhône. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas non plus un geste insensé. C’est un acte politique, minutieusement construit, pour que sa parole survive, là où sa présence vient d'être écartée.    Georgette Vacher s'est suicidée à 51 ans. Auparavant, elle aura été ouvrière spécialiste chez Calor, syndicaliste CGT, responsable du secteur féminin de l’Union départementale du Rhône. Organisatrice de plusieurs campagnes pour le 8 mars, elle a sillonné les usines, défendu les grévistes, porté la question des femmes au cœur d'organisations pas toujours prêtes à l’accueillir à l’époque. Elle a payé chacune de ses audaces, d’un peu plus d’isolement, d’un peu plus de mépris, jusqu’à l’exclusion définitive. C’est l’histoire, longtemps méconnue, d’une femme qui voulait changer les choses de l’intérieur dans les années 1980. Elle résonne avec des débats très actuels, aujourd’hui plus que jamais. Qui contraste avec la place que les femmes ont su se faire depuis dans le syndicalisme et à la CGT particulièrement, où elles comptent désormais pour la moitié des nouvelles adhésions. Georgette Vacher, celle qui montre le chemin parcouru, et celui qui reste à faire. 

« Toi, ça fait longtemps que t’as l’intermittence ? », s’interroge un jeune homme. « Cinq ans », répond son voisin en veste jaune avant d’éclater de rire. « On verra bien si ça dure ! ». Ce mercredi 25 février au matin, l’heure est grave mais l'ambiance est joyeuse. Représentants syndicaux et patronaux sont réunis dans les locaux de l’Unédic à Paris pour une ultime journée de négociations autour de l'Assurance-chômage. Dans la rue, à quelques dizaines de mètres à peine, plusieurs centaines d’intermittents et d'intermittents (300 selon le décompte de l'AFP) ont répondu à l’appel de la CGT pour défendre leur régime d'indemnisation spécifique. Les négociations, qui durent depuis plusieurs semaines, devaient initialement porter sur les ruptures conventionnelles jugées trop coûteuses par le gouvernement. Les organisations patronales, MEDEF en tête, l’ont transformé en offensive totale contre les travailleurs sans emplois. Objectif affiché : réaliser un milliard d'économies, notamment en augmentant de 50 le seuil d’heures à atteindre pour que les intermittents puissent ouvrir des droits (les passant ainsi de 507 à 557 heures). Une mesure qui risquerait de plonger dans la précarité beaucoup de ces professionnels - on comptait 300 000 intermittents en France en 2024, dont 150 000 indemnisés - et de les contraindre à se résigner à des conditions dégradées.