Trois brins de vie

Qu’on-en commun Smita, Intouchable d’Uttar Pradesh, Giulia la Sicilienne et Sarah, avocate à Montréal ? « La tresse », premier roman de Laetitia Colombani, entrelace ces trois destins de femmes.

Par Rédaction NVO
Par Rédaction NVO
Publié le 23 juillet 2017, modifié le 16 avril 2026
Laetitia Colombani
Laetitia Colombani. Celine Nieszawer / Leemage
Trois femmes, trois continents, trois cultures. Jamais Smita, Giulia et Sarah ne se rencontrent, mais, lors d’un accident de vie, leurs destins se mêlent liés par un fil intime. Pour son premier roman, La tresse, Laetitia Colombani réussit un récit à la fois féministe et grand public.
Dans un petit village d’Uttar Pradesh, Smita, Dalit (Intouchable) se bat pour que son unique enfant, Lalita, fillette de six ans entre à l’école. Afin qu’elle échappe à son darma, la place dans le monde que Smita a hérité de sa mère : « Ce que fait Smita, il n’y a pas de mot pour le décrire. Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée ». Vingt maisons chaque jour reçoivent sa visite, par la porte arrière, car Smita doit rester invisible. « Elle reçoit en guise de salaire, des restes de nourriture, parfois des vieux vêtements, qu’on lui jette à même le sol ».Pas d’autre choix pour ceux de sa caste, encore moins pour les femmes …C’est ce que lui répète son mari, un homme plutôt gentil, mais soumis. Jusqu’au jour de la rentrée où, malgré l’enveloppe glissée au maître, Lalita revient de l’école meurtrie… A Palerme, en Sicile,  Giulia vit une existence assez protégée, travaillant dans l’atelier familial, le dernier où l’on fabrique encore dans la tradition perruques et postiches en cheveux naturels, traités selon une recette secrète. Mais l’insouciance de Giulia va prendre fin brutalement lorsque son père, le padrone, ne rentre pas de son habituelle tournée des coiffeurs… L’insouciance, voila longtemps que Sarah ne sait plus ce que c’est « Mère de famille, cadre supérieur, working girl, it-girl, wonder-woman, autant d’étiquettes que les magazines féminins collent sur le dos des femmes qui lui ressemblent, comme autant de sacs pesant sur leurs épaules. » Brillante, bosseuse, ambitieuse, Sarah sait fort bien qu’à compétence égale –voire supérieure- elle devra travailler plus et mieux que les autres associés du cabinet qui briguent tous sa place. Sans oublier les jeunes recrues aux dents longues, élevés à l’individualisme ultralibéral…Mais la vie ne fait de cadeau à personne, et un sérieux problème de santé va frapper Sarah. Face aux coups du sort, chacune de ces femmes va devoir prendre une décision. Smita, est sans aucun doute celle pour qui l’enjeu est le plus vital. Elle est donc prête à tout pour que Lalita aient une autre existence que la sienne. Dans un pays où naître femme et Intouchable est une malédiction, lorsqu’on n’est pas éliminée à la naissance, survivre est un combat quotidien. Animée par la foi qui la porte, Smita va braver tous les dangers, tous les tabous. Pour Giulia, qui découvre vite que l’atelier familial n’est pas dans la situation qu’elle croyait, c’est justement un bel étranger, Kamal, un jeune migrant sikh, qui va lui ouvrir des perspectives d’avenir inattendues. D’abord atterrée par la maladie, Sarah va comprendre que c’est l’opportunité de bouleverser totalement ses priorités. Prendre pour elle, pour les siens, le temps qu’elle sait maintenant être précieux. Et c’est dans une boutique pas tout à fait comme les autres qu’elle va songer, sans connaître leur nom, leur visage ou leur histoire, que quelque part, Smita puis Giulia ont tressé avec elle une natte invisible…
La tresse Laetitia Colombani. Editions Grasset. 224 pages, 18 euros
separator top
separator bottom

Nos articles les plus lus

Articles recommandés pour vous

21 octobre, Lyon, une femme prépare sa mort. Depuis plusieurs semaines maintenant Georgette Vacher rédige, reprend et corrige. Elle laisse cinq lettres d’adieu et enregistre quatre cassettes audios. Elle a choisi la date : la veille du 29e congrès de l’Union départementale de la CGT du Rhône. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas non plus un geste insensé. C’est un acte politique, minutieusement construit, pour que sa parole survive, là où sa présence vient d'être écartée.    Georgette Vacher s'est suicidée à 51 ans. Auparavant, elle aura été ouvrière spécialiste chez Calor, syndicaliste CGT, responsable du secteur féminin de l’Union départementale du Rhône. Organisatrice de plusieurs campagnes pour le 8 mars, elle a sillonné les usines, défendu les grévistes, porté la question des femmes au cœur d'organisations pas toujours prêtes à l’accueillir à l’époque. Elle a payé chacune de ses audaces, d’un peu plus d’isolement, d’un peu plus de mépris, jusqu’à l’exclusion définitive. C’est l’histoire, longtemps méconnue, d’une femme qui voulait changer les choses de l’intérieur dans les années 1980. Elle résonne avec des débats très actuels, aujourd’hui plus que jamais. Qui contraste avec la place que les femmes ont su se faire depuis dans le syndicalisme et à la CGT particulièrement, où elles comptent désormais pour la moitié des nouvelles adhésions. Georgette Vacher, celle qui montre le chemin parcouru, et celui qui reste à faire.