Un vote pour l'action
Ce 14 mai, débute la neuvième séquence de grève de deux jours à la SNCF et s'annonce "très difficile", de l'aveu même de la direction qui continue néanmoins à annoncer l'essoufflement du conflit.
Publié le 14 mai 2018
Ce 14 mai, neuvième séquence de grève de deux jours à la SNCF, s’annonce « très difficile », de l’aveu même de la direction, qui continue néanmoins à annoncer l’essoufflement du conflit. Pour peser sur un gouvernement inflexible, les cheminots sont appelés par les syndicats à un lundi « sans trains et sans cheminots » et à voter pour ou contre la réforme ferroviaire.
Modalités de la « vot’action » Concrètement, du 14 au 21 mai, les 150 000 cheminots de la SNCF sont invités à répondre à la question suivante : « Êtes-vous pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement ? » Les organisations syndicales régionales CGT, UNSA, SUD, CFDT ont dressé une liste des urnes fixes accessibles lors des assemblées générales et d’urnes mobiles permettant d’aller à la rencontre des non-grévistes. Afin de garantir le sérieux de la consultation, des listes nominatives d’émargement comportant le numéro de matricule du cheminot seront établies. Les organisations syndicales s’engagent à respecter la confidentialité du vote en ne publiant pas les listes d’émargement et en les détruisant à la fin du vote.
Incontestablement, la décision des quatre syndicats engagés dans le conflit de consulter les cheminots durant toute cette semaine leur a permis de reprendre la main. Depuis son annonce, cette « vot’action » à l’initiative de la CGT bouscule, interpelle les commentateurs et n’a pas manqué d’être immédiatement balayée du revers de la main par le gouvernement, qui lui dénie toute légitimité. De son côté, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, juge aussi que cette « vot’action » n’a « aucune » légitimité, « personne ne pouvant confisquer le débat et le vote au Parlement ».
Évidemment, la tentation est grande de rapprocher le référendum d’Air France et la « vot’action » des syndicats cheminots en prêtant à ces derniers une volonté de surfer sur l’échec de la direction de la compagnie aérienne lors du référendum sur l’accord salarial minoritaire, voire de vouloir faire tomber la tête de Guillaume Pépy. Mais l’enjeu de cette consultation et son initiative syndicale n’ont rien à voir.
La vot’action et l’appel à durcir le mouvement ont pour objectif de ne pas laisser le gouvernement et Guillaume Pépy seuls maîtres de l’agenda et de la parole. « Le nom que nous lui donnons c’est vot’action parce que c’est à la fois un vote et une initiative qui contribue au mouvement en cours. On a tiré les leçons d’Air France, où le patronat a considéré que les salariés étaient écrasés par le fatalisme et qu’il pourrait faire passer n’importe quoi (…). À la SNCF on leur propose de montrer au plus grand nombre qu’ils sont hostiles à la réforme pour répondre à la direction de la SNCF », explique Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT cheminots qui estime que « la direction de la SNCF devra tirer les enseignements du référendum, notamment arrêter de dire que les cheminots soutiennent sa réforme ». À n’en pas douter, la direction de la SNCF ne va pas faciliter la tâche des syndicats durant ces prochains jours car l’enjeu de la participation sera déterminant.
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