Un enjeu syndical
La déferlante de témoignages déclenchée par le scandale Weinstein aura jeté l’ampleur des violences sexistes et sexuelles à la face du monde.
Publié le 21 novembre 2017
La déferlante de témoignages déclenchée par le scandale Weinstein aura jeté l’ampleur des violences sexistes et sexuelles à la face du monde. Des violences que la CGT combat depuis toujours, en particulier dans l’entreprise – et jusque dans son organisation. Une loi est dans les tuyaux mais elle ignore le monde du travail. C’est dire le défi pour les syndicats.
Derrière les chiffres…Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint ; chaque jour, 227 viols ou tentatives de viol ont lieu, dont plus de 10 au travail (5 %) ; les violences faites aux femmes représentent 22 % des homicides en France.
– 5 % des viols et 25 % des agressions sexuelles se produisent sur les lieux de travail.
– Une femme sur cinq aurait été victime de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle.
– 70 % des victimes de harcèlement sexuel au travail n’en ont pas parlé à leur supérieur ou à leur employeur, 30 % n’en ont parlé à personne.
– Seules 5 % portent plainte. Lorsqu’elles en ont parlé à l’employeur, 40 % des victimes estiment que l’issue leur a été défavorable.
– 80 % des femmes salariées considèrent que dans le travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou comportements sexistes.
À ces violences s’ajoutent : une différence globale de salaire entre les femmes et les hommes de 27 % qui englobe le plafond de verre, les écarts de rémunération récurrents, les emplois à temps partiel occupés à 80 % par des femmes, tout comme les emplois au Smic. Ce sont encore elles qui écopent de 60 % des emplois non qualifiés. A contrario, au quotidien, les femmes consacrent en moyenne quatre heures au travail domestique, les hommes presque deux fois moins.
Source : le guide Combattre les violences sexistes et sexuelles
D’abord l’effet d’une bombe à Hollywood, et puis une déferlante mondiale qui n’en finit pas. Depuis les révélations de l’affaire Harvey Weinstein, producteur, employeur, agresseur accusé de viol par plusieurs actrices en septembre dernier, en France aussi les langues se délient. Sur les réseaux sociaux bien sûr, mais aussi sur le 3919, numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, débordé par l’afflux de témoignages de violences conjugales et sur le lieu de travail. Le nombre d’appels reçus par rapport à l’année précédente à la même date a triplé. L’ampleur du phénomène glace, d’autant plus qu’il est sous-estimé, en raison du silence de victimes qui craignent une double peine. Ses multiples formes déconcertent tant elles sont variables et omniprésentes, de la plus sanguinaire à la plus banale.
Des violences multiformes
Les violences sexistes et sexuelles sont multiples, multiformes. Elles sont de nature diverse – psychologiques, physiques, verbales, économiques, sexuelles – et s’expriment dans différents espaces, publics ou privés. Elles prennent de nombreuses formes : représentations dégradantes de l’image des femmes, discriminations, humiliations, menaces, harcèlement de rue ou via Internet, gestes obscènes, attouchements, remarques sur le physique, injures, propos sexistes, pornographie, exhibition sexuelle, violences physiques, harcèlement sexuel, viol, mutilations génitales, mariages forcés, utilisation marchande du corps des femmes…
Il s’agit de repérer ces violences, de les nommer, de les dénoncer car elles sont constitutives d’infractions, de délits, voire de crimes. Surtout, elles alimentent un cercle vicieux : elles résultent des rapports de domination femmes/hommes qu’elles participent à entretenir en retour. « Elles sont au cœur des inégalités structurelles, issues des systèmes de dominations de sexe, mais aussi du système de domination de classe », ajoute Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT.
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