
Interview : Catherine Perret, secrétaire de la CGT, décrypte l'allocution présidentielle
Retraite, travail, chômage, salaire et pouvoir d’achat, au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron, Catherine Perret, secrétaire de la CGT, livre son analyse des grands thèmes abordés par le candidat-président. Interview
Publié le 10 novembre 2021, modifié le 16 avril 2026
Catherine Perret, secrétaire de la CGT, n’a pas été convaincue par l’allocution du candidat Macron qui racole à droite sur la réforme des retraites et la chasse aux chômeurs. La syndicaliste livre son analyse sur le satisfecit hors-sol d’un président « Tout va bien ».
Emmanuel Macron annonce qu’il faudra reporter l’âge légal du départ en retraite dès 2022, au nom de la solidarité s’attaquer aux régimes spéciaux et assurer une retraite minimale de 1000 euros pour une carrière complète. Comment analysez-vous ces déclarations ?

Lire le communiqué de la CGT
« Et les salaires monsieur le président? »
Emmanuel Macron réaffirme dans son intervention que le travail est le fil rouge de l’action du gouvernement. Qu’en pensez-vous ?
A la CGT, nous sommes très attachés à valoriser le travail, mais la première valorisation c’est de le rémunérer. Il n’a pas parlé des salaires ni de leur augmentation. Or la première des choses serait d’augmenter les salaires. Hier, il aurait pu annoncer un texte qui prévoit l’automaticité de l’augmentation des minima de branches dès qu’il y a une augmentation du SMIC, mais il ne l’a pas fait, alors que de plus en plus de salariés sont passés plusieurs échelons en dessous du Smic dans quantité d’emplois et ce notamment dans des secteurs où on dit qu’on manque d’emplois ; agroalimentaire, commerce-hôtellerie-restauration, nettoyage etc.
S’il voulait parler travail, il aurait pu aussi parler de la reconnaissance des qualifications. Et là aussi, pas un mot, ni sur la formation qualifiante en dehors du contrat d’engagement jeunes, mais qui n’est qu’un pansement sur une jambe de bois au vu de la situation de la jeunesse aujourd’hui. C’est pourquoi nous disons qu’il ne faut pas revaloriser seulement le Smic mais toutes les échelles de qualification.
Sur le travail encore, il ne parle pas de le partager. Or la CGT est engagée dans une campagne sur la réduction du temps de travail. Cela permettrait de travailler tous, mais aussi d’agir sur la qualité du travail. Réduire le temps de travail permet un gain de qualité, mais aussi d’améliorer la productivité du travail. Par exemple, Airbus Nantes a expérimenté la réduction du temps de travail durant le confinement et le constat est une diminution du taux de rebuts.
Emmanuel Macron soutient que l’emploi s’améliore et s’est félicité de la réforme de l’assurance chômage qui oblige à cumuler 6 mois de travail au lieu de 4 dans les deux ans pour ouvrir droit à l’allocation. Qu’en pensez-vous ?
C’est quasiment de la provocation. Il ne parle ni salaire, ni politique d’emploi. Et ce alors que la CGT a amené des projets de pérennisation d’emploi qui n’aboutissent pas, comme à la SAM en Aveyron, dans les fonderies etc. Il n’y a donc pas de politique d’emploi dans le discours présidentiel. Tout ce qu’il dit, c’est qu’on va faire la chasse aux chômeurs. Nous sommes donc en désaccord total avec le décret qui durcit les droits des chômeurs. Nous l’avons attaqué en justice et nous attendons d’ailleurs un premier rendu de jugement sur le fond ce lundi 15 novembre. En attaquant ce décret, nous démontrons d’ailleurs qu’il est faux de prétendre qu’il y a des emplois partout en adéquation avec ce que recherchent les chômeurs. Les analyses, y compris de l’UNEDIC, attestent qu’il y a un emploi pour 23 chômeurs. Les chômeurs ont une qualification, un passé professionnel et il est normal qu’ils ne prennent pas n’importe quel type d’emploi. Il y a donc un problème de manque d’emploi dans le pays. Ensuite, il y a des secteurs qui sont certes en demande d’emploi, mais il est étonnant qu’on ne s’interroge pas sur les raisons qui font que les gens ont fui ces secteurs. Il y a deux problèmes ; le premier c’est évidemment les salaires trop bas, et aussi il y a un problème de conditions de travail qui nuit à l’attractivité des emplois. Macron annonce qu’on va plus contrôler les chômeurs. Il est toujours sur le schéma « il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi ». En baissant les allocations, il veut véritablement qu’on accepte n’importe quel emploi dans n’importe quelles conditions. C’est grave. Il considère que puisqu’il y a « retour à bonne fortune » la réapparition de la croissance, il devrait y avoir une masse d’emplois qui apparaissent ce qui contraindrait les privés d’emploi à accepter n’importe quel type d’emploi et de contrat quel que soit leur qualification. On est donc sur une montée de la précarité. La CGT dénonce cette chasse aux chômeurs. De plus on se demande comment il va le mettre en œuvre. Les agents de Pôle emploi sont déjà à l’os et on va transformer leur métier de conseillers en celui de contrôleurs. J’ajoute qu’il y a des masses de fausses offres d’emploi que le Comité CGT des privés d’emploi ne cesse de dénoncer.
Emmanuel Macron vante aussi sa politique en faveur de l’emploi, notamment le chèque inflation et le blocage du prix du gaz. Comment percevez-vous ces mesures ?
Encore une fois ce ne sont pas des mesures qui vont résoudre les problèmes sur le fond avec l’augmentation du prix d’un certain nombre de produits comme l’énergie. Ce sont des mesures ponctuelles, limitées à une partie de la population et différées. Ces mesurettes électorales ne vont pas changer la vie des gens. Pour nous la première des solutions est l’augmentation des salaires puisque démonstration est faite qu’il y a baisse du pouvoir d’achat. Et il faut aussi s’interroger sur les raisons de la hausse des prix, notamment de l’énergie. Il y a d’autres solutions, et l’une d’entre elles est d’analyser les conséquences de l’ouverture du capital de toutes les entreprises productrices d’énergie, en particulier l’électricité ou le gaz. Cela nécessite de travailler sur le fond avec pôle public de l’énergie qui seul pourra garantir un accès à des tarifs réglementés.
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