Allocution d’Emmanuel Macron : un discours de 13 minutes pour rien
Emmanuel Macron s'est livré lundi soir 10 décembre à un exercice de communication pour tenter de déminer le conflit des gilets jaunes. Sans convaincre... tant les annonces semblent loin des besoins et des revendications.
Publié le 11 décembre 2018
Bousculé par quatre semaines d’un mouvement social qu’il n’a pas vu venir, qui lui a totalement échappé, Emmanuel Macron s’est livré lundi soir 10 décembre à un exercice de communication pour tenter de déminer le conflit des gilets jaunes. Sans convaincre… tant les annonces semblent loin des besoins et des revendications.
Les autres annonces– Lutte contre l’évasion fiscale : les dirigeants des grandes entreprises françaises devront verser « leurs impôts en France »
– Taxation en France des grandes entreprises qui réalisent des bénéfices en France (allusion à la taxation des Gafa).
– Le Premier ministre présentera ces mesures à l’Assemblée mercredi.
– D’autres annonces pour les entreprises sont prévues dans les jours qui viennent, après une réunion des grandes entreprises.
– La consultation nationale annoncée sera élargie à la représentation politique, au mode de scrutin, prise en compte du vote blanc, au rôle des maires, à la décentralisation, organisation de l’État.
– Il faudra « aborder » la question de l’immigration.
Après cette entame de discours laborieuse et surréaliste, Emmanuel Macron en vient aux annonces. À la colère qui s’exprime sur les salaires et le pouvoir d’achat, il répond notamment: « le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coute un euro de plus pour l’employeur ». Cette hausse viendra par abondement de l’État en complément de l’augmentation légale du SMIC de 1,8 % qui devait intervenir en janvier prochain. Elle était prévue, mais sur l’ensemble du quinquennat. « Les 100 euros de plus (net) pour le SMIC correspondent à une prime d’activité de 80 euros et une baisse des charges de 20 euros. » (…) « Ce sera fait le plus tôt possible, au plus tard en avril », indique l’AFP de source élyséenne.
La prime d’activité constitue un complément de revenu pour ceux qui sont rémunérés entre 0,5 et 1,2 fois le Smic. Quelque 2,6 millions de personnes en bénéficient actuellement. Cette annonce a été pour le moins fraîchement accueillie par les gilets jaunes qui y ont vu une aumône insuffisante, ou une absence de réponse aux besoins des classes moyennes.
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud a beau sortir les rames pour assurer le service après-vente d’Emmanuel Macron, et nous expliquer qu’il s’agit quasiment d’un treizième mois pour un smicard, il ne s’agit pas, en réalité, d’une augmentation du Smic. Tous les salariés payés au Smic n’en bénéficieront pas si les revenus imposables de leurs ménages sont supérieurs au plafond de la prime d’activité.
Par ailleurs, ce tour de passe-passe exonère le patronat de revaloriser les grilles conventionnelles construites avec le Smic comme plancher. Par ailleurs, c’est le budget national qui va financer cette mesure et il faut s’attendre comme le réclame par exemple Christian Jacob (Les Républicains) à ce qu’elle soit financée par des coups de rabot sur les dépenses publiques, donc sur les missions et les emplois du service public.
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