Au Chili, les progressistes se préparent à l’arrivée de l’extrême droite
Trente-cinq ans après la fin de la dictature, José Antonio Kast, un admirateur de Pinochet a été élu président du Chili en rassemblant 58 % des voix. Dès le lendemain de son élection, le camp progressiste a annoncé se préparer à affronter le retour de l’ultra-droite.
Publié le 17 décembre 2025
Trente-cinq ans après la fin de la dictature, José Antonio Kast, un admirateur de Pinochet a été élu président du Chili en rassemblant 58 % des voix. Dès le lendemain de son élection, le camp progressiste a annoncé se préparer à affronter le retour de l’ultra-droite.
Il briguait la présidence du Chili pour la troisième fois et avait annoncé que « celle-ci serait la bonne ». Face à Jeannette Jara, la candidate de la coalition de centre-gauche, José Antonio Kast (extrême droite) a triomphé en récoltant 58 % des suffrages. Le candidat du Parti Républicain a profité des reports de voix des candidats de droite battus au premier tour (Johannes Kaiser, Evelyn Matthei, Franco Parisi) et il a su aller chercher le vote des indécis obligés à voter. En effet le Chili a réinstauré le vote obligatoire en 2023, et aujourd’hui ce sont environ 85 % des votants qui expriment leur suffrage. En 2021, lorsque José Antonio Kast avait perdu l’élection face à l’actuel président progressiste Gabriel Boric, seulement la moitié de l’électorat se déplaçait pour voter. « Ces indécis représentent un tiers de l’électorat, déçu ou désintéressé de la politique, que Kast a su séduire » explique Claudia Heiss, politologue chilienne.
Fils d’un soldat nazi immigré au Chili après la Seconde Guerre mondiale, l’avocat de 59 ans a axé sa campagne sur la hausse de la criminalité et de l’immigration. Pour rétablir « l’ordre et la sécurité », il promet l’expulsion des 337 000 étrangers en situation irrégulière. Il dépeint un pays « qui tombe en ruines » et propose un « gouvernement d’urgence ». Avec l’appui des médias mainstream, il a instauré l’idée que le Chili vit une crise économique majeure alors que la croissance annoncée en 2025 est de 2,4 % selon l’OCDE et que l’inflation est à la baisse. Le candidat d’ultra-droite a aussi associé la montée de la criminalité à la hausse de l’immigration. « Kast est resté fidèle à ce discours en répondant à la première préoccupation des Chiliens : l’insécurité. Puis il a gommé les aspects polémiques qui lui ont fait perdre les deux élections précédentes : son rapport à la dictature, son opposition à l’avortement ou au mariage homosexuel » souligne Amanda Morton, journaliste chilienne-brésilienne qui a co-écrit le livre José Antonio Kast et l’ultra-droite à la chilienne.
À partir d’aujourd’hui, nous formons l’opposition (…), et nous n’accepterons aucun recul. Nous défendrons l’augmentation des pensions de retraite, les 40 heures de travail par semaine, les droits des femmes. Jeannette Jara, candidate de la coalition de centre-gauche
Stéphanie Alenda, docteure en sociologie politique de l’Université Andrés Bello remarque, de son côté, que « le Chili a certes connu une augmentation de la délinquance ces dix dernières années mais la perception d’insécurité est disproportionnée par rapport aux taux d’homicides qui sont d’ailleurs parmi les plus bas d’Amérique latine ». L’enquête nationale sur la sécurité urbaine 2024 (ENUSC) et un rapport d’IPSOS souligne effectivement que la peur de la criminalité dépasse largement l’expérience de victimisation.
La rhétorique de Kast frôle parfois la glorification de la dictature. Union générale des travailleurs et travailleuses (UGT)
Les organisations citoyennes et syndicales appellent aujourd’hui à organiser la résistance face aux menaces qui pèsent sur les quelques acquis sociaux de ce pays ultralibéral. L’Union générale des travailleurs et travailleuses (UGT) exprime sa profonde inquiétude. Ce retour de l’extrême droite au pouvoir rappelle les années obscures de la dictature où les syndicats ont été majoritairement interdits et les syndicalistes persécutés. La « rhétorique » de Kast « frôle parfois la glorification de la dictature ». Et « il suggère de faire passer les intérêts économiques et politiques avant les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses, ce qui constitue un danger pour la stabilité démocratique et sociale », selon l’UGT.
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