La longue quête des mineurs de 1948
Les mineurs du Pas-de-Calais, illégalement licenciés lors de la grève de l’automne 1948 – et leurs ayants droit – revendiquent toujours, 70 ans après, une réparation « pleine et entière ».
Publié le 9 juin 2018
Les mineurs du Pas-de-Calais, illégalement licenciés lors de la grève de l’automne 1948 – et leurs ayants droit – revendiquent toujours, 70 ans après, une réparation « pleine et entière ». Le 22 mai, ils ont lancé une pétition pour faire reconnaître cette page tragique de l’histoire sociale dans les manuels scolaires.
Septembre 1948. La publication des « décrets Lacoste » du nom du ministre socialiste de l’Industrie et du Commerce, met le feu aux poudres. Au menu : diminutions des effectifs, remise aux Houillères de la gestion du risque « accidents du travail et maladies professionnelles », recours aux licenciements sous prétexte de lutte contre l’absentéisme… La CGT estime ces dispositions attentatoires au statut des mineurs conquis en 1946.
Le 4 octobre 1948, à une large majorité (plus de 80 %), les mineurs votent la grève qui débute dans l’unité. À la tête du ministère de l’Intérieur, Jules Moch la qualifie d’« insurrectionnelle ». À tort bien sûr mais ces propos servent à justifier une répression d’une extrême violence. Les bassins miniers sont en état de siège. Au terme de sept semaines d’un conflit âpre, on déplore six morts dans les rangs des grévistes, dont le Slovène Bartel Jansek, assassiné à coup de crosse par un CRS à Merlebach ! Mais aussi 3 000 mineurs licenciés, des centaines condamnés à des peines de prison ferme, des dizaines d’étrangers expulsés et de délégués révoqués…
Trente-trois ans plus tard, en août 1981, une loi d’amnistie offre enfin « la levée symbolique des sanctions, mais elle ne nous a jamais été appliquée de façon pleine et entière », s’insurge Norbert Gilmez de Bully-les-Mines (Pas-de-Calais). Et ce porte-parole des mineurs de 1948 de revendiquer, du haut de ses 96 printemps, « le droit à la reconstitution de carrière ». Il estimera le manque à gagner du fait de ces congédiements à « 300 000 euros en moyenne ».
Commission « Gilmez » des travaux en stand-byLa mise en place par Christiane Taubira, en septembre 2015, de la commission « Gilmez » avait suscité beaucoup d’espoirs. Elus, syndicalistes, fonctionnaires de l’Education nationale, historiens devaient y travailler. Leur objectif principal ? Faire en sorte que la grève de 1948 ait enfin toute la place qui lui revient dans les manuels scolaires ! Depuis la démission, en janvier 2016, de Christiane Taubira du ministère de la Justice, plus rien… Là encore, le « gouvernement fait la sourde oreille », déplore Christian Champiré, le maire (PCF) de Grenay (Pas-de-Calais) qui préside à ses destinées.
Aussi le 22 mai dernier la commission « Gilmez » a-t-elle officiellement lancé une pétition exigeant que « l’histoire sociale de notre région (les grèves de 1941, 1948 et 1952 [spécifiques aux Cévennes, NDLR] soit enseignée dans les établissements scolaires. Cette force morale portée par les mineurs doit être connue de la jeunesse », insiste l’historien Pierre Outteryck. À l’initiative de l’Institut Varenne, un colloque devrait être organisé à la cour d’appel de Douai cet automne pour le 70e anniversaire du conflit. Composée de juristes, d’historiens, cette association vise à « promouvoir la diffusion des connaissances ». Ses travaux pluridisciplinaires nous « permettront de comprendre le processus qui amène le mépris, le blocage… », veut croire Pierre Outteryck.
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