La stratégie dévastatrice de Sanofi dévoilée par une note confidentielle
Sanofi amorce un projet de désengagement de sa recherche et production chimique en France. Une note interne parvenue à la CGT fait état de l’étape suivante : de nouvelles usines seraient menacées.
Publié le 10 novembre 2020
Sanofi devait détailler son projet « Pluton » au comité de groupe du 5 novembre. L’entreprise pharmaceutique veut externaliser six de ses usines européennes, ce qui fragilise la production chimique. En outre, une note confidentielle dévoile que « Pluton » sera rapidement suivi d’« Alastor », qui pourrait affecter quatre autres sites français.
Le 5 novembre 2020, Sanofi tenait un comité de groupe afin d’examiner le projet « Pluton » qui consiste à externaliser six de ses usines européennes de production de principes actifs chimiques ou biochimiques, parmi lesquelles deux françaises : Elbeuf en Seine-Maritime et Vertolaye dans le Puy-de-Dôme. Au total, 3 100 salariés sont concernés en Europe et 1 200 en France.
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Une nouvelle société devrait naître de cette externalisation, dont Sanofi ne garderait, dans un premier temps, que 30 % du capital. « La stratégie de Sanofi consiste à se séparer de ces usines et de 3 100 salariés, mais on ne sait pas si la BPI va y investir et nous n’avons aucune précision ni garantie quant à la viabilité ou l’emploi », analyse Thierry Bodin, coordinateur de la CGT Sanofi.
Ce que dit la note confidentielle : « Dans le cadre de Pluton cependant, une troisième phase sera déclinée au cours du premier semestre 2021, sous l’appellation du projet Alastor. Le projet Alastor visera le carve out [cession d’une branche d’activité, N.D.L.R.] des sites de chimie français hors IPO [introduction en bourse, N.D.L.R.] à horizon 2023 ou l’annonce de leur fermeture pour l’horizon 2024. Dans le contexte à venir de Pluton, le projet Alastor doit demeurer d’une extrême confidentialité. Un “stakeholder engagement plan” * sera indispensable vis-à-vis des autorités publiques et gouvernementales pour expliquer notre projet (équilibre avec Pluton). La position vis-à-vis des syndicats devra être travaillée, notamment si on en juge par des positions fortes de la CGT. »
* Un « plan d’engagement des parties prenantes » est une stratégie formelle de communication à l’attention des acteurs d’un projet pour obtenir leur soutien.
Une note confidentielle parvenue à la CGT relève toutefois que « Pluton » n’est qu’une étape vers d’autres restructurations plus larges encore. Cette note indique que les sites de production chimique d’Aramon (30), Sisteron (04), Mourenx (64) et Ploërmel (56) pourraient à leur tour être visés par une externalisation de leur production, une cession, voire être fermés.
« La direction nie l’existence d’“Alastor”, mais à la lecture de ce document cela pourrait tout à fait être le schéma suivi. Depuis des années, Sanofi se désengage des médicaments d’origine chimique pour se consacrer aux biotechnologies. Ce sont des abandons de recherches qui concernent plusieurs axes thérapeutiques et des filières de médicaments chimiques pourtant essentiels en termes de santé publique. La raison, c’est que Sanofi ne veut se centrer que sur les maladies les plus rentables », martèle Thierry Bodin.
https://nvo.fr/sanofi-casse-sa-recherche-et-developpement/
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