Madagascar. Silence sur un massacre
Sombre page de notre passé colonial, le soulèvement en 1947 de rebelles malgaches contre la présence française fut férocement réprimé pendant des années, provoquant des dizaines de milliers de morts. Un massacre passé sous silence qui resurgit au détour d’une…
Publié le 10 octobre 2014
Sombre page de notre passé colonial, le soulèvement en 1947 de rebelles malgaches contre la présence française fut férocement réprimé pendant des années, provoquant des dizaines de milliers de morts. Un massacre passé sous silence qui resurgit au détour d’une pièce de théâtre.
Que s’est-il passé le 29 mars 1947 à Madagascar ? Jusqu’à une date assez récente, peu de personnes pouvaient répondre à la question. Aujourd’hui encore, la confusion règne sur une insurrection sauvagement réprimée, qui garda longtemps le voile sous le terme d’« événements » comme ce fut le cas en Algérie. Et justement, c’est dans le prolongement des soulèvements algériens ou indochinois qu’il faut replacer ceux de Madagascar.
Alors que, le 8 mai 1945, la France fête sa victoire, ses colonies commencent à se rebeller pour accéder à l’indépendance et ça fait très, très mal : massacres le jour même dans les régions de Sétif et de Guelma, bombardement du port de Haiphong le 23 novembre 1946. À Madagascar, dans la nuit du 29 mars 1947, des groupes de rebelles attaquent des bâtiments militaires et administratifs et s’en prennent aux colons (estimés alors à 35 000 sur 4 millions d’habitants). Les émeutes, si elles ne se généralisent pas à l’ensemble de l’île, tournent en une guérilla dans l’est, où les résistants se réfugient dans les forêts. La répression va être sanglante.
LE TRAUMATISME, C’ÉTAIT DANS LA FÉROCITÉ, DANS LE FAIT QUE LES MASSACRES ONT VERSÉ CETTE PART DE L’HISTOIRE DANS L’INHUMANITÉ
Pour Jean-Luc Raharimanana, la polémique sur les chiffres est vaine. « Le traumatisme n’était pas dans le nombre de morts, c’était dans la férocité, dans le fait que les massacres ont versé cette part de l’histoire dans l’inhumanité. » Comme il l’écrit superbement dans L’arbre anthropophage (éd. Joëlle Losfeld, 2004) : « Figures innocentes de lémuriens, superbes paysages de baies et de collines, avenues de baobabs […]. Comment un drame pouvait-il se jouer dans un décor aussi magnifique ? Dans ces forêts de lémuriens, des gens se sont réfugiés en 1947, fuyant la répression coloniale. Au bout du compte, cent mille morts. Chiffre contesté par certains historiens, martelé par les Malgaches et leurs défenseurs. Un moindre chiffre dégagerait-il la responsabilité de l’autorité coloniale, réviserait-il la souffrance d’un peuple ? »
La mémoire de 1947
Quelle est l’attitude des jeunes Malgaches vis-à-vis de cette histoire ? Là encore, le dramaturge qui a travaillé cette question de la mémoire, en rencontrant notamment nombre de témoins, répond : « Ils ne connaissent pas réellement cette histoire, ils en ont entendu parler, bien sûr. Mais ils ne réalisent pas l’ampleur de ce qui s’était passé dans leur propre pays, et quand ils s’en rendent compte, ils sont bouleversés et beaucoup entreprennent ensuite de poser des questions dans leurs propres familles. En tout cas, à partir du moment où ils réalisent l’importance de l’événement, ils posent des questions. Beaucoup de questions ».
(1) Notamment Nour 1947 (Le Serpent à Plumes, 2001) et Madagascar 1947
(Vents d’ailleurs, 2007). Et lire l’article de Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo ICI
(2) Françoise Raison-Jourde : Le soulèvement de 1947 : bref état des lieux, consultable ICI
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