Crise du modèle social : comment l’affaiblissement de la protection nourrit le vote d’extrême droite
Effectivement, avant 1945, la protection sociale ne touche pas tout le monde. L’économiste William Beveridge sera le premier à penser un système de sécurité sociale global, pour vaincre les « cinq géants » : la pauvreté, l’insalubrité, l’ignorance, le chômage et la maladie. En 1942, il publie un rapport qui va définir l’universalisme, en partant du postulat que tout citoyen, quel que soit son statut, doit bénéficier de droits sociaux, et que l’état doit garantir à l’individu, du berceau jusqu’à la tombe, un revenu en cas de difficulté. Dans le contexte de guerre, il ne s’agit pas seulement de faire tomber le régime nazi, mais aussi de poser les bases d’un nouveau monde, offrir un horizon de progrès social fondé sur l’amélioration des conditions de vie, de travail, de santé, et de faire en sorte que la vieillesse ne signifie plus pauvreté. Durant la guerre froide, la mise en place de systèmes de protection sociale va servir d’argument à l’ouest pour dire que son modèle apporte la liberté et protège, lui aussi, les populations sur le plan social. La pression venue de l’est retombant à partir de 1989 avec la chute du mur de berlin, les économistes néoclassiques vont commencer à expliquer qu’il faut un arbitrage entre équité et efficacité, que le modèle égalitariste défendu par l’ex-Urss s’est effondré, que le social est trop coûteux et inefficace.
Par Enzo Hanart
1 octobre 2025