75 ans après la libération d’Auschwitz

À l’occasion du 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz, note devoir de vigilance est toujours requis.

Par Rédaction NVO
Par Rédaction NVO
Publié le 26 janvier 2020
NVO, la Nouvelle Vie Ouvrière, le journal de l’actualité sociale, syndicale et juridique des militants de la CGT
La voie de chemin de fer qui mène à la porte principale d’Auschwitz-Birkenau en 2004. Le camp a été libéré le 27 janvier 1945 par les troupes soviétiques.. Scott Barbour/Getty Images/AFP
75 ans près la libération du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz, rendre hommage aux victimes, c’est rester fidèle à une double promesse : « n’oublions jamais » et « plus jamais ça », nulle part dans le monde.
Ce dimanche 26 janvier 2020 est célébré le 75e anniversaire de la libération du camp nazi d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, en Silésie. C’est en fait le 27 janvier 1945 que l’Armée rouge ouvre les portes du camp, érigé en 1940. Les soldats américains, eux, progressent depuis l’Ouest et libèreront au printemps d’autres camps, comme celui de Buchenwald. En cinq ans, les nazis auront exterminé à Auschwitz plus d’un million de personnes, dont 865 000 juifs, gazés puis envoyés dans les fours crématoires, en plus des morts liées aux maladies, à la malnutrition, ou aux expérimentations sur les corps. Auschwitz-Birkenau sera le plus grand complexe de mise à mort dans le dispositif nazi de génocide des Juifs d’Europe, le dessein éradicateur des nazis et de leurs collaborateurs en Europe aboutissant aussi à l’assassinat de milliers de Tsiganes, d’homosexuels, de personnes souffrant de maladies mentales, d’antifascistes, de communistes, de syndicalistes…. Lorsque l’Armée rouge ouvre les portes du camp, pourtant, n’y restent plus que les mourants. Les autres ont dû subir la « marche de la mort » vers d’autres camps, et ceux qui y survivront ne seront libérés que plusieurs mois plus tard.

Fidèles à une promesse

La plupart des rescapés des camps ne sont plus aujourd’hui. Tandis que les nazis voulaient effacer toute trace de leur vie, de leur histoire, de leur culture et jusqu’à leurs noms, leur rendre hommage en 2020 participe de leur victoire contre la barbarie. C’est aussi rester fidèles à leur double promesse : « n’oublions jamais », « plus jamais ça », indissociablement liée dans une éthique individuelle de chacune et chacun à vocation universelle. « N’oublions jamais », non seulement pour témoigner de notre respect pour celles et ceux qui ont été privés de sépulture, mais aussi pour que plus jamais un être humain ne soit stigmatisé, exclu, persécuté, quelles que soient ses origines, ses opinions, ses croyances religieuses ou non-croyances, ni aucun peuple martyrisé ou soumis à l’occupation coloniale…

Vigilance

Et c’est bien ce qui est en jeu aujourd’hui. À la fois une vigilance permanente pour défendre la solidarité contre la désignation de nouveaux boucs émissaires dans un monde d’inégalités et contre la concurrence de tous contre tous. Parce que les extrêmes droites continuent d’espérer tirer profit de la misère, de la précarisation qui croit dans la société, pour désigner des ennemis fantasmés parmi les immigrés, les musulmans, ou les juifs, selon les pays… Et parce que sur le terreau de l’injustice économique, lorsqu’une alternative de progrès peine à se faire entendre, émergent et s’ancrent nationalisme, xénophobie et racisme. Mais est aussi en jeu un engagement pour un monde solidaire et non pas de mise en concurrence entre les peuples, de guerre, ou d’occupation. En ce 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz, Emmanuel Macron a cru pouvoir répondre à l’invitation du Premier ministre israélien d’extrême droite Benyamin Netanyahou, pourtant allié des pires régimes nationalistes d’Europe centrale et orientale où prospèrent l’islamophobie et le racisme antirom, mais aussi l’antisémitisme, et thuriféraire de l’annexion de la Palestine occupée. Comme s’il était possible de détourner le regard. Ou comme si les citoyens français juifs étaient sommés de se reconnaître dans Israël et sa politique. Alain Resnais nous interpelait pourtant déjà dans Nuit et Brouillard : « Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. »

Idéaux de la Résistance

Les commémorations peuvent s’avérer importantes, dès lors qu’au-delà de la mémoire elles éveillent notre vigilance au présent et se poursuivent par le partage de l’Histoire, de la connaissance des faits, de la recherche de ce qui les a rendues possibles. Dès lors elles peuvent devenir partage d’un héritage, celui des idéaux de la Résistance, de liberté, d’indépendance, d’égalité des droits, de quête commune de justice sociale, de pluralisme, de respect de chacune et de chacun, d’enrichissement par et dans l’altérité et la porosité des identités toujours plurielles et en construction. C’est l’engagement de la Déclaration universelle des droits humains et c’est le devoir d’asile et de refuge pour celles et ceux qui en ont besoin par-delà les frontières. Ce sont aussi les leçons du Tribunal de Nuremberg, prémices d’une justice internationale encore en construction, contre les crimes et criminels de guerre, de génocide et contre l’Humanité. Un engagement, pour faire vivre la devise de liberté, égalité, fraternité de la République.
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