Société

Vincent rumine en sortant de l’établissement de réadaptation professionnelle (ESRP) Jean-Pierre Timbaud, ce mardi 31 mars. Ce travailleur handicapé en formation, qui ambitionne de devenir technicien supérieur en systèmes et réseaux, vient d’apprendre que ses vacances d’avril, qui devaient commencer trois semaines plus tard, sont supprimées. Partira-t-il tout de même au Maroc, comme il l’avait prévu, en ratant une partie du programme scolaire, et en s’asseyant sur sa rémunération… ou devra-t-il annuler son voyage et se rendre assidûment au centre de formation sous le ciel gris de la Porte de Montreuil ?  Vincent partage son triste dilemme avec l’ensemble des stagiaires des ESRP d’Île-de-France qui ont signé leur contrat après le 1er janvier 2026. « En février, on s’est rendu compte que le Conseil régional d’Ile-de-France, qui finance l’indemnité des stagiaires en formation, avait modifié le règlement intérieur sans nous en avertir. Désormais, les stagiaires ne sont plus indemnisés quand notre établissement ferme ses portes. Cela revient à leur accorder seulement huit jours de congé indemnisés dans l’année… alors qu’ils avaient droit, jusqu’ici, à deux fois quinze jours de congés payés dans l’année », explique Franck Boissier, formateur et délégué CGT de l’ESRP. 

« Ceux qui étaient invisibles deviennent visibles ». Ces mots sont ceux du député insoumis Éric Coquerel, à la tribune du rassemblement contre le racisme tenu à Saint-Denis le samedi 4 avril, un événement organisé à l'appel et en soutien du nouveau maire de la ville Bally Bagayoko. La place Victor Hugo - où se situent l’hôtel de ville et la basilique dionysiennes - est pleine à craquer. Il s'agit pour la foule de témoigner sa solidarité envers l’édile attaqué depuis son élection au premier tour des municipales par l’extrême droite et ses relais médiatiques, tout particulièrement la chaîne CNews. Le psychologue Jean Doridot y avait d'abord développé, le 27 mars, un parallèle scabreux autour « d'Homo Sapiens », la «famille des grands singes » et du fonctionnement des « tribus » autour d'un « chef », puis le lendemain, l'auteur Michel Onfray avait osé, sur la même chaîne, comparer l'attitude du nouveau maire à celle d'un « mâle dominant ». Des propos comme des injures qui ont heurté bien au-delà de l'élu. « En tant que Dionysien, je me suis senti attaqué de manière frontale et si on laisse passer ça, on laisse tout passer », clame Jean-Claude (dont le prénom a été modifié), habitant né et ayant grandi dans la ville-nécropole des rois de France. « Je me suis sentie concernée lorsqu’on entend des "singeries". On est Français avant tout. On peut être noir, mais on est Français », ajoute pour sa part Hassani Abdoulhamidi, habitante également de Saint-Denis, venue en famille au rassemblement.