Missions locales : la fusion, c’est non !
Quelles sont les intentions de la « macronie » en matière de politique de la jeunesse ? Quels sont ses projets d’accompagnement des jeunes et, tout particulièrement, des plus défavorisés sur le chemin de la réussite ? À l’aune des mesures déjà engagées ou à venir, ces questions méritent d’être posées.
Publié le 29 octobre 2018
Après la suppression des emplois aidés, Matignon va encore plus loin dans la rationalisation du « pognon de dingue » en s’attaquant aux missions locales qu’il veut transférer au sein de Pôle emploi, lui-même en phase de démantèlement. Cherchez l’erreur… ou bien traversez la rue.
Quelles sont les intentions de la « macronie » en matière de politique de la jeunesse ? Quels sont ses projets d’accompagnement des jeunes et, tout particulièrement, des plus défavorisés sur le chemin de la réussite ? À l’aune des mesures déjà engagées ou à venir, ces questions méritent d’être posées.
Prenons cette première réforme, Parcoursup, qui a laissé sur le carreau des milliers de bacheliers candidats aux études supérieures. Et cela, par le truchement d’un algorithme qui était pourtant censé simplifier les démarches administratives d’inscription à l’université (lire notre article « Parcoursup, superdiscriminant »).
Prenons ensuite cet autre projet de simplification de deux structures aux rôles majeurs dans l’insertion des jeunes dans la vie active : Pôle emploi et les missions locales. À Pôle emploi, la simplification va être poussée si loin qu’elle aboutira à 4 000 suppressions de postes de conseillers. Cible prioritaire de ce démantèlement : les tâches d’accompagnement des chômeurs, pour une économie de 350 millions d’euros d’ici 2022.
Comment ? C’est très simple, elles seront transférées sur une plateforme numérique où le demandeur d’emploi devra, seul, gérer son dossier et justifier de ses recherches d’un travail ou d’une formation, mais aussi rendre compte de ses démarches, etc. Et ce n’est là que le premier étage de la fusée réformatrice de transformation du service public de l’emploi. Car, dans le droit fil du démantèlement de Pôle emploi, le gouvernement s’attaque à un autre rouage essentiel du dispositif de soutien à la jeunesse : les missions locales.
Notre spécificité, c’est l’accompagnement global du jeune à divers niveaux : logement ou hébergement d’urgence ; situation familiale problématique ; échec scolaire ; manque de qualifications ; détresse psychique ; etc.Naïma Guarari, élue DP-CGT de la mission locale de Paris.
Car tout jeune qui se rend en ces lieux est toujours motivé par la recherche d’un emploi ou d’une formation pour y accéder. « Mais notre rôle, c’est d’abord de régler tous les problèmes qui font obstacle à son insertion dans l’emploi », précise Naïma Guarari. Rien à voir, donc, avec les missions de Pôle emploi qui concernent les publics déjà insérés dans la vie active. Or, le Premier ministre a en tête l’idée de fusionner le réseau des quelque 450 missions locales au sein de Pôle emploi au motif de « simplifier le fonctionnement du service public de l’emploi pour les usagers et favoriser les mutualisations pour dégager des économies ».
Pour encourager cette fusion, Matignon propose aux communes de l’expérimenter localement, sauf qu’on ne voit pas comment, à l’arrivée, une seule commune pourrait décider pour toutes les autres, ironise-t-il. Sans compter le fait que les différences d’organisation n’empêchaient pas les missions locales de coopérer avec Pôle emploi, lorsque c’était pertinent.Jean-Philippe Revel
Des antennes dédiées aux jeunes déjà lourdement affectées par l’austérité budgétaire qui a réduit à peau de chagrin leurs moyens de fonctionnement ; pour exemple, la seule mission locale de Paris a vu sa dotation fondre de 10 % en 2017, soit 460 000 euros en moins. En juin, 80 % des personnels des missions locales de la capitale et de Seine-Saint-Denis étaient en grève pour revendiquer des moyens à la hauteur de leurs missions et, avant tout, des effectifs.
Cela suppose une refonte totale du réseau, à cette occasion, mais dans le but de renforcer l’interconnexion des structures locales, de sorte qu’elles puissent poursuivre leur mission fondamentale, à savoir l’autonomisation des jeunes.Jean-Philippe Revel
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